Jean Bonin a analysé les visites de Bédié et Guikahué à la Haye

C’est vrai que nous sommes en politique, n’empêche, nous sommes des africains. Et en Afrique il y a certaines valeurs qui sont intemporelles, sacrées et immuables. La sagesse en fait partie. Et celle-ci commande qu’on adopte une posture particulière à l’occasion de certains événements de la vie, notamment au moment des visites de compassion. Et cela encore plus lorsque le visiteur est à la base des malheurs du visité.

Le malheur de Gbagbo et de Blé c’est d’avoir été jetés en prison pendant sept (7) ans à la CPI. Or, il ne fait l’ombre d’aucun doute que Bedié et Guikahué, aux côtés du RHDP, ont activement contribué à la chute du pouvoir de Gbagbo et à son extradition à la CPI. C’est factuel.

La sagesse Akan (j’imagine qu’il doit en être de même chez les Krous) commande qu’en pareille circonstance, lorsqu’on prend la peine de rendre une visite de compassion à celui qui a été frappé d’un malheur, qu’on lui exprime préalablement le traditionnel « Yako », puis qu’on lui demande pardon pour tous les torts à lui causés.

Or, lorsque j’ai lu les comptes-rendus et le communiqué qui ont sanctionné la rencontre entre Bedié et Gbagbo nulle part je n’y ai lu ou vu un quelconque signe de repentance de la part de Bedié. Il en a été de même pour la récente visite de Guikahué à Blé Goudé.

Tout se passe comme s’ils n’avaient rien, absolument rien, à se reprocher dans le malheur qui a frappé ces deux compatriotes et que cela était un non événement qui devait être passé en perte et profit, sans autre forme de procès. Mieux, ils pousseront l’outrecuidance jusqu’à leur demander au cours de ces visites de compassion de les aider à reconquérir le pouvoir en 2020. Quel toupet !

En agissant ainsi, Bedié et Guikahué ont manqué de sagesse, chose que même Konan Banny qui avant la présidentielle de 2015 avait rendu, par deux fois, visite à Gbagbo, espérant en retour un mot d’ordre de vote des GOR en sa faveur n’a pas osé faire. C’était un acte de grande considération de sa part.

Les attitudes de Bedié et Guikahué s’interprète en pays Akan comme un manque flagrant de considération pour autrui. De façon triviale on pourrait dire, excusez-moi du terme, qu’ils les ont pris “pour des cons” en leur montrant, sans ambages, ni fioritures, que seuls leurs consignes de vote les intéressent et non leur situation semi-carcérale ou leur personne. C’est méchant.

La sagesse africaine et particulièrement Akan commandait qu’en pareille situation ils attendent leur acquittement définitif avant de parler politique et reconquête du pouvoir avec eux. La patience aussi est une vertu et une marque de sagesse et de considération pour son prochain. Mais l’ivresse de la reconquête du pouvoir annihile toutes ces valeurs.

Ainsi donc, alors qu’il est encore entre les griffes et sous l’épée de Damoclès de la CPI, Guikahué demande à Gbagbo de faire de lui le leader incontesté de leur région commune. En d’autres termes, il souhaite que Gbagbo l’aide à tourner la page de Gbagbo à Gagnoa afin que lui et le PDCI y règnent désormais en maîtres absolus. Les “chinois” d’Abobo diraient “ça c’est foutaise même !”.

Mais bon, un proverbe Baoulé enseigne que “le mouton regarde bien le visage du propriétaire de la marmite avant de décider s’il doit s’y nourrir ou pas”. Méditons-y.

Jean Bonin

Juriste Citoyen ivoirien

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