C'est chaud au CHR de Gagnoa

L’activité de soins est paralysée au Centre hospitalier régional (CHR) de Gagnoa depuis la matinée du lundi 6 mai 2019 suite à des mouvements de mécontentement des agents contre l’interpellation de 4 des leurs. Joint au téléphone, Boko Kouaho, porte-parole des 13 syndicats de santé réunis au sein de la Coordi-Santé, fait toute la lumière sur les faits et appelle ses camarades à « faire profil bas ».

‘’Général’’, depuis ce matin, le service de soins est suspendu au CHR de Gagnoa suite à l’interpellation de 4 agents mis en cause dans le décès à la gare d’un patient. Que savez-vous de cette affaire?

Effectivement, les informations qui nous parviennent de Gagnoa, précisément du CHR, font état d’un mouvement de colère des agents. Cette affaire fait suite, il faut le savoir, au décès d’un malade. Relativement à ce décès, il y’a eu une mauvaise prise en charge du patient en question qui est décédé par la suite. Ainsi, tous les acteurs directement impliqués dans cette affaire, ont été mis aux arrêts. Il s’agit notamment de 2 infirmiers, de l’assistant social et du vigile. Nous avons dépêché une équipe sur les lieux pour savoir véritablement ce qui s’est passé. Bien avant, je dois relever que les camarades sur place, pour protester contre les arrestations évoquées, ont arrêté le travail. Nous leur avons demandé de ne pas aller ni au commissariat ni à la justice pour ne pas que l’affaire prenne une autre tournure avec le soulèvement par exemple des proches du défunt ou des autres usagers de soins. Quand il y a mort d’homme, il faut faire profil bas.

Cet appel peut-il être entendu quand les grévistes ont le sentiment que leurs camarades sont injustement mis en garde-à-vue ?

Ce message doit être entendu surtout que notre prise en charge est défaillante. Nous sommes complètement impliqués dans le décès du patient.

En quoi la prise en charge médicale est-elle défaillante ?

C’est défaillant parce que le patient serait arrivé dans la nuit du jeudi à vendredi. Il traînait dans la cour. Et le vigile l’a gardé à son niveau jusqu’au matin. Et c’est le matin que le malade a été présenté en Chirurgie. L’infirmier qui l’a reçu, l’a mis sur un lit. Il lui a fait une injection pour calmer sa douleur. Après, il fait appel à l’assistant social étant donné que le malade n’était pas accompagné. Ce dernier, au lieu d’engager la procédure pour sa prise en charge par l’administration, accompagne plutôt le malade à la gare. Le prétexte est que qu’après des échanges avec lui, le malade aurait souhaité retourner dans son village. A la gare, il ne monte pas dans le véhicule. Il reste à la gare où il décède finalement. A partir de là, la responsabilité du personnel soignant est engagée parce que le vigile voit le malade dans la cour, il n’alerte pas l’infirmier de garde en chirurgie. Il le garde à son niveau. Quelqu’un qui se trouve dans la cour de l’hôpital, se tordant de douleur, la première des choses à penser, n’est pas qu’il peut être un voleur. Mais, plutôt un malade qui a besoin de soins, qu’on lui porte assistance, secours.

En la matière, qu’est ce qui aurait dû être fait pour dégager la responsabilité des camarades interpellés dans cette affaire ?

Le malade devrait être conduit aux urgences de chirurgie par exemple. Ce qu’il n’a pas fait. L’infirmier qui l’a reçu le matin, dit avoir diagnostiqué une appendicite. Et comme le bloc opératoire ne marche pas, lui, il a fait son calmant et le malade, par la suite, doit se débrouiller. L’assistant social, qu’il appelle, lui, interroge le malade qui lui aurait dit qu’il veut retourner dans son village. Et c’est une dame compatissante, qui était à l’hôpital, qui a donné 5000 F pour servir de frais de transport de Gagnoa au village du malade. Il fallait d’abord l’examiner. Et l’infirmier, quand tu poses le diagnostic de suspicion de telle maladie, il faut appeler un médecin. C’est le médecin qui pose le diagnostic définitif. Et si le bloc opératoire ne marche, c’est l’administration qu’on saisit. Ainsi, elle pourra voir où référer le malade. C’est à partir de ce moment que votre responsabilité n’est plus engagée. Mais, cela n’a pas été fait. A aucun moment, il n’a été question de saisir un médecin ou le surveillant général tout comme le directeur de l’hôpital. C’est l’assistant social que l’infirmier a appelé. Et ce dernier a estimé que le malade pouvait aller chercher ses parents au village pour revenir au CHR pour un cas d’appendicite non confirmé par le diagnostic d’un médecin. On s’achemine vers une suite judiciaire à cette affaire.

Que va faire la Coordi-Santé?

La première des choses, c’est l’accalmie sur le terrain, c’est de faire en sorte que les esprits au niveau de nos camarades se calment pour ne pas que ceux des usagers de soins se réveillent aussi. Nous demandons donc aux camarades de mettre balle à terre, de surtout faire profil bas. S’ils estiment que c’est parce que le bloc opératoire ne marche pas que les camarades interpellés n’ont pas pu suivre la procédure en la matière et que le malade n’a pas été pris en charge correctement, ils doivent plutôt se plaindre des conditions précaires de travail et non s’en prendre aux populations ou aux agents de police et de justice. Il faut plutôt plaider. C’est ce que nous faisons d’ailleurs surtout que les camarades vont être dans les prochaines heures déférés et écroués dans une prison civile. Il faut faire profil bas pour éviter que cette affaire prenne une autre tournure préjudiciable à nos camarades et à la bonne marche de nos services.

Propos recueillis par Aude Assita Konaté

LAISSER UN COMMENTAIRE

Your email address will not be published. Required fields are marked *

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.