Des milliers de partisans de l’ancien président Laurent Gbagbo, sont réunis du 26 au 27 avril 2019 à la place de la paix de Duékoué dans le cadre de la 20ème édition de la fête de la liberté. A l’occasion des festivités, la 2ème vice-présidente de l’aile dite dure du Front populaire ivoirien (Fpi), Simone Ehivet Gbagbo, a dénoncé le génocide Wè avant d’appeler au pardon et à la paix. Ci-dessous, l’intégralité de son speech d’ouverture des festivités.

Historique de la fête de la liberté

La fête de la liberté est une fête qui concerne tous les démocrates d’Afrique et du monde. C’est une fête qui concerne tous les peuples en lutte. Mais, c’est une fête qui concerne tous les habitants de la Côte d’Ivoire et encore plus particulièrement tous les militants du Front populaire ivoirien. Pour l’histoire, nous avons vécu sous le régime du parti unique. La politique était unique. La pensée était unique. La jeunesse était unique. Le syndicalisme était unique. Et c’était difficile pour les démocrates en Côte d’ivoire. C’était difficile pour ceux qui aiment la liberté pour faire avancer la Côte d’Ivoire. Et il a fallu battre le pavé pendant des années. Et un jour, le président Houphouët et le parti unique ont compris que si on veut que notre pays aille de l’avant, il faut qu’on puisse faire exprimer toutes les pensées. Et un grand parti, le Pdci, après une grande réunion, a décidé que le multipartisme peut s’exprimer en Côte d’Ivoire. Nous venions de gagner un de nos principes sans les armes. Nous, au Front populaire ivoirien, nous n’avons pas confiance dans les armes. Nous n’avons pas confiance dans les pouvoirs qu’on obtient avec les armes. Tout n’était pas réglé. Tout n’est pas réglé. Mais, au moins, on venait théoriquement le droit de ne plus avoir la pensée unique et d’avoir l’opportunité de réunir toutes les pensées pour réussir le progrès de la Côte d’Ivoire. C’est ça la fête de la liberté. A partir de ce jour, le ministère de l’Intérieur ne pouvait plus refuser de nous reconnaître et le Front populaire ivoirien est né. D’autres partis ont suivi. Nous fêtons aujourd’hui la 20ème édition du multipartisme. Nous célébrons la liberté, la victoire que nous avons obtenue pour donner la chance à la justice d’être pratiquée. Nous célébrons la vie.

Armes dans le jeu politique

Ce combat, nous l’avons gagné sans prendre les armes. Si tout le monde était comme le Front populaire ivoirien, jamais, nous n’aurions eu la guerre en Côte d’Ivoire. Si tout le monde adhérait aux valeurs du Front populaire ivoirien, jamais, quelqu’un ne se lèverait pour prendre des armes pour s’opposer au pouvoir dans notre Nation. Souvenez-vous, au temps fort du président Houphouët, même au moment où il crachait du feu, le président Gbagbo disait, ‘’asseyons-nous et discutons’’. Et je le dirais ici encore aujourd’hui, asseyons-nous et discutons.

Choix de Duékoué

Nous sommes rassemblés pour célébrer la liberté, pour continuer notre combat, notre lutte pour une vie meilleure dans notre Nation. C’est la raison pour laquelle le camarade Abou Drahamane Sangaré a choisi de venir célébrer la fête de la liberté à Duékoué, ici. Duékoué, vous avez souffert. Vous avez tremblé. C’est vrai que ce n’est pas Duékoué seulement qui a souffert. C’est tout le pays Wè qui a souffert. C’est vrai que dans d’autres régions de la Côte d’Ivoire, les populations ont souffert, les gens sont morts. C’est vrai qu’à Sinfra, ils sont rentrés dans les hôpitaux pour tuer les blessés, les malades qui étaient hospitalisés. C’est vrai que dans la région de Lakota, des villages ont disparu de la carte après le 11 avril (2011, ndlr). C’est vrai qu’à Issia, ils sont aussi rentrés dans les hôpitaux pour tuer des malades sur les lits. C’est vrai. Mais, ce qui a été vécu ici à l’Ouest de la Côte d’Ivoire, c’est quelque chose d’intolérable, d’inacceptable. Quand le SGA dit qu’il y a eu un génocide ici, je dis oui, tu as raison. Il y a eu un génocide ici et il est important que le monde entier le sache que nous avons expérimenté, vécu le génocide ici. Aux parents Wè, aux frères Wè, je vais le dire dans ma langue : Yako. Yako à vous. Assè (compassion en langue locale guéré, ndlr). On est venu à Duékoué pour dire que dans notre pays pendant cette crise ivoirienne, il y a eu des faits, des blessures et des conséquences des blessures qui sont des choses qu’on ne peut pas oublier. Ces faits-là, ces blessures-là, réclament aujourd’hui réparation. Nous sommes venus dire au monde entier et particulièrement ceux qui dirigent la Côte d’Ivoire, nous appelons à la restitution de tout ce qui nous a été pris. Ici, nous appelons réparation, restitution et reconnaissance du génocide. Quand nous réclamons cela, ce n’est pas parce que nous voulons retourner à la guerre.

Plaidoyer pour la paix

Nous, nous considérons qu’il n’y aurait jamais dû avoir la guerre dans notre pays. Nous disons que nous ne voulons plus de guerre dans notre Nation. Mais, nous disons que cette guerre a provoqué des conséquences terribles dans les cœurs, dans les esprits, dans les âmes, dans les poches des populations ivoiriennes. Et chacun doit s’engager pour que, plus jamais, nous revivons cela dans notre pays. Je ne vais pas aller plus loin parce que le grand discours (message d’orientation de Laurent Gbagbo, ndlr) va être prononcé demain (samedi 27 avril). C’était juste un rappel des faits pour dire que cette fête-là, elle nous tient à cœur. Si c’est une fête pour commémorer les morts, les souffrances, les sacrifices, c’est aussi une fête pour démontrer la joie que nous vivons ici, que le pays Wè ne s’est pas effondré, que la Côte d’Ivoire ne s’est pas effondrée et que le triomphe de la vie est là. Nous sommes là pour fêter un peuple debout, vaillant, désireux de passer outre pour aller de l’avant. Et que les guéré sont prêts à faire leur part et que le Fpi est prêt à aider à faire sa part. C’est la seule solution pour que notre pays redevienne la Côte d’Ivoire que nous aimons, que nous souhaitons, que nous voulons laisser en héritage à nos enfants.

Propos recueillis par Aude Assita Konaté, Envoyée spéciale

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