C’est de plus en plus clair. Le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), Henri Konan Bédié est candidat à la présidentielle de 2020. Ses dernières interviews sur les médias internationaux, notamment France 24 laissent transparaitre ses intentions. Surtout la dernière interview dans laquelle il est vent debout contre une éventuelle modification de la Constitution concernant l’âge limite pour candidater. Si les ambitions du président du Pdci sont légitimes, ses propos font ressortir ses propres contradictions.

En effet, en dénonçant des rumeurs relatives à la réintroduction de la limite d’âge à 75 ans, ce qui de facto l’élimine avec le président Ouattara et l’ancien chef d’Etat, Laurent Gbagbo de la présidentielle, Bédié se contredit. Lui qui parle d’alternance comme base de la démocratie et qualifie de tripatouillage une éventuelle modification de la Constitution.

La première contradiction du Bouddha de Daoukro, c’est justement l’alternance dont il parle. Car, si selon lui, la base de la démocratie, c’est l’alternance, on serait tenté de rétorquer qu’il n’est pas un démocrate d’autant plus qu’il trône à la tête du vieux parti depuis plus de deux décennies. Pis, pour soutenir la candidature de l’actuel chef d’Etat en 2015, il a organisé un congrès pour sauter la limite d’âge de 75 ans pour demeurer président à vie du Pdci. Depuis lors, il est le seul maître incontesté et incontestable du parti septuagénaire. Tous ceux qui se sont opposés à lui ou qui s’opposent à ses décisions sont de facto mis en quarantaine. Ce n’est pas Kouadio Konan Bertin dit KKB, ou encore Yasmina Ouégnin, Kobenan Adjoumani, Patrick Achi, Siandou Fofana… qui diront le contraire. Si Bédié est si attaché à la démocratie, qu’il commence à encourager l’alternance au Pdci, pas seulement au poste d’exécution.

Autre contradiction de Bédié, c’est sa phobie de la réintroduction de la limite d’âge. A la limite, l’octogénaire menace s’il ne prophétise pas l’apocalypse sur la Côte d’Ivoire. « (la modification de la Constitution) serait un problème très grave pour la stabilité du pays », lance-t-il sur France 24, mardi 10 septembre 2019. En quoi limiter l’âge pour la présidentielle pourrait être très grave pour la stabilité du pays ? Ce, d’autant plus que de nombreux observateurs politiques militent aujourd’hui pour une nouvelle génération à la tête de la Côte d’Ivoire. Le président Ouattara a certes donné des assurances sur la question de la modification de la Constitution pour éliminer des candidats y compris lui-même, mais il faut reconnaitre que la cette mesure, si elle est appliquée, pourrait consacrer un changement de génération au pouvoir. En refusant d’épouser l’ère du temps, Bédié contredit l’un des slogans de son parti relatif au rajeunissement de ses instances.

Il avait tout planifié, mais…

En réalité, Bédié préparait sa candidature depuis plus de deux ans. Il avait presque tout planifié. Le hic, c’est qu’il n’avait pas mesuré la détermination de son cadet, sur lequel il espérait pouvoir s’appuyer pour arriver à ses fins.

Lors de la réforme constitutionnelle, au dire d’un haut cadre du Pdci qui a participé aux travaux, c’est le leader du Pdci qui a demandé à son cadet de sauter le verrou de la limite d’âge. Il a motivé sa décision par le fait que le plafond de l’âge minimum qui était de 40 ans ayant été revu à la baisse (35 ans désormais), il était aussi important de sauter la limite d’âge. Pour ménager la susceptibilité de son aîné qui lui avait donné des garanties quant au choix d’un cadre compétent au Rhdp pour 2020, Alassane Ouattara a accepté cette requête. Il était loin de s’imaginer que son aîné le dribblerait plus tard.

De son côté, Bédié n’avait pas également mesuré la réaction de Ouattara quand il déballera ses ambitions. C’est ainsi que, selon un haut cadre du Pdci, il avait démarché le président Ouattara afin de solliciter son soutien en tant que candidat en 2020. Une réaction qui a surpris le chef de l’Etat, qui a tenté de dissuader en vain son aîné. Naissent alors les premiers couacs concernant les accords pour le parti unifié. Dans une sorte de chantage, Bédié remet tout en cause et embouche la trompette du refus de la dissolution du Pdci et la promotion de l’héritage d’Houphouët-Boigny pour remobiliser ses militants. Il suscite des groupes de soutien à sa candidature pour préparer psychologiquement ses militants. Sauf qu’il devra faire face une forte opposition dans son propre camp quand le moment de porter les couleurs du Pdci pour la présidentielle viendra.

Yves TAPE

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