Blé Goudé a confondu adversaires et détracteurs

Très attendu le 4 juin dernier pour son interview sur France 24, l’ex-chef de la galaxie patriotique, Charles Blé Goudé, a dribblé partisans et adversaires. L’on s’attendait en effet à un Blé Goudé offensif, le couteau entre les dents et prêt à casser du régime Ouattara. Que non ! L’homme est apparu mesuré dans ses propos, donnant ainsi l’image d’une personne modérée. Le Blé Goudé aperçu sur France 24 tranche avec celui que les Ivoiriens ont connu pendant les années de braise. Pendant l’interview, il a subtilement donné des coups certes, mais il a aussi caressé. Relativement à la question de savoir s’il était favorable à un retour de l’ancien chef d’Etat, Laurent Gbagbo, son codétenu, en Côte d’Ivoire, Blé Goudé sort une réponse pour le moins surprenante. Il estime que selon la Commission électorale indépendante (Cei), Laurent Gbagbo a obtenu 46% des suffrages exprimés pendant le second tour de la présidentielle de novembre 2010. « Cela veut dire que sur 25 millions d’Ivoiriens, il y a 46% qui sont avec Laurent Gbagbo. Alors moi, je suis pour que Laurent Gbagbo retourne en Côte d’Ivoire, qu’il joue un rôle dans la réconciliation », précise l’ancien leader estudiantin. Cette précision est d’autant plus surprenante qu’elle bat en brèche les thèses de nombreux pro-Gbagbo qui nient les résultats de la Cei. Rarement les pro-Gbagbo se réfèrent à ce chiffre, préférant s’arc-bouter sur les premiers résultats donnés par le Conseil constitutionnel. Si Blé Goudé ‘’reconnait aujourd’hui le chiffre de la Cei au point de le citer, c’est qu’il y a un changement qui s’est apparemment opéré en l’homme. Autre opinion pour le moins surprenante, sa réponse à la probable candidature de Ouattara, Gbagbo, Bédié et Soro en 2020. Qu’il ménage particulièrement Ouattara sur cette question étonne le plus. Pour Blé Goudé, il appartiendra aux Ivoiriens de juger ou non de la possibilité pour Ouattara de se représenter. « (…) Les Ivoiriens l’ont observé dans sa gestion des libertés, dans sa gestion de l’économie, dans sa manière de concevoir la société ivoirienne. A la fin, c’est à eux de décider s’ils veulent continuer avec lui ou non », répond-il, là où on s’attendait à une position tranchée comme le font régulièrement les thuriféraires du camp Gbagbo, qui ne veulent même pas entendre parler d’un résultat proclamé par la Cei. En un mot comme en mille, Charles Blé Goudé a feinté tout le monde. Est-il sincère dans sa nouvelle posture ? Loin de préjuger de son attitude, on reste tout de même dubitatif. D’autant plus que l’homme est encore dans les liens de la détention en dépit du fait qu’il jouisse d’une relative liberté. D’aucuns pensent que cette sortie est un message adressé à la Cour pénale internationale (Cpi). Blé Goudé semble leur dire qu’il a changé comme les 25 millions de personnes vivant en Côte d’Ivoire. C’est une sorte de confession qu’il a faite, même s’il a évité le piège de regretter ses actes. Car, confesser ouvertement un regret serait reconnaitre implicitement les torts causés aux populations pendant la crise post-électorale. « Il faut attendre qu’il soit véritablement libre pour savoir s’il s’est repenti », fait savoir un observateur de la vie politique ivoirienne.

Yves Tapé 

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