L'interview de Ouattara dérange

Les déclarations d’Alassane Ouattara, à l’occasion de son message à la Nation, font des vagues depuis la fin de la célébration du 59e anniversaire de l’indépendance de notre pays. C’est que le chef de l’Etat a jeté un pavé dans la marre, le 6 août 2019, en évoquant certains sujets fort controversés, notamment la recomposition de la Commission électorale indépendante( Cei) et une éventuelle révision de la Constitution. Le faisant, il ouvre plusieurs fronts en même temps.

Et comme il fallait s’y attendre, ses adversaires sont vent debout depuis. Chacun y va de ses récriminations. C’est que, abordant le dossier Cei, Ouattara s’est voulu ferme voire intransigeant. Pour lui, « ce dossier est bouclé ». Il a même annoncé qu’il promulguerait la loi votée successivement par les députés et les sénateurs. « A partir du moment où l’Assemblé nationale a voté, le Sénat a voté, il n’y a plus de discussion », a tonné le chef de l’Etat. Et de justifier sa position par l’urgence d’engager les préparatifs de la prochaine présidentielle. « Les uns et les autres désigneront leurs représentants et ils vont se mettre au travail, parce que nous avons les élections en 2020. On ne peut pas continuer de discuter », a en effet soutenu le chef de l’Etat.

Au passage, il a déploré la politique de la chaise vide pratiquée par une partie de l’opposition, laquelle réclame de nouvelles négociations. Face à cette raideur pour le moins compréhensible du président de la République, l’opposition menace de saisir à nouveau la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, qui a avait ordonné la révision de la loi portant constitution de la Cei, après qu’elle eut été saisie par l’Apdh, une Ong nationale des droits humains.

Il n’est pas à exclure que l’opposition se fasse entendre bruyamment, avec le risque de voir le pays passer encore par des moments orageux. Peut-être faudra-t-il que le chef de l’exécutif ivoirien lâche du lest et donc qu’une session de rattrapage soit accordée aux absents d’hier. Ouattara leur ôterait ainsi une excuse qui aurait servi à justifier une éventuelle débâcle aux prochaines élections générales.

L’autre sujet qui fait grincer des dents dans les rangs de l’opposition, ce sont les propos du chef de l’Etat tournant autour de la Constitution. D’abord, lorsqu’il soutient que l’actuelle loi fondamentale lui permet de faire encore deux mandats, s’il le désire. Comme il fallait s’y attendre, des voix s’élèvent dans le camp de ses adversaires pour balayer du revers de la main cette assertion. Pour l’opposition, s’il se portait à nouveau candidat, Ouattara tenterait un passage en force.

À lire : Ouattara annonce une légère modification de la Constitution

Par ailleurs, l’intention du chef de l’Etat de réviser la Constitution est vivement critiquée. A en croire le président de la République, cette retouche viserait à revoir l’âge limite auquel l’on ne peut plus faire acte de candidature à la magistrature suprême. « Il faut épouser l’air du temps. Nous sommes un certain nombre à avoir un certain âge ; peut-être qu’à un moment donné, nous devrions réfléchir à ce que nous pouvons donner à notre pays au-delà d’un certain âge », a-t-il déclaré, suggérant ainsi l’aspect sur lequel pourrait porter une éventuelle modification de la Constitution. Si pour certains, cela permettrait de mettre en congé « les vieux » au profit d’une nouvelle génération, pour d’autres il s’agit d’une manigance destinée à écarter de sérieux adversaires à la présidentielle de 2020. Ceux-là préviennent contre les mêmes tourments dans lesquels le pays a été plongé suite aux manœuvres ayant conduit à barrer la route du palais présidentiel à lui-même Ouattara, il y a quelques années.

Nadia YORO

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