Sur fond de precampagne pour la présidentielle de 2020, le président du PDCI, Henri Konan Bedié, nous (re)impose le nauséeux et anachronique débat sur l’étranger envahisseur, agresseur, omniprésent, omnipotent et omniscient. Le faisant, le président Bedié qui s’érige en “gardien du temple” de l’ultra nationalisme ivoirien est-il la voix la plus autorisée et la plus crédible pour emboucher la trompette du repli identitaire ? Rien est moins sûr. Analysons.

La position actuelle du FPI dans la plateforme de l’opposition au RHDP devrait m’incliner à la retenue ou à tout le moins à caresser Bedié dans le sens du poil. C’est cette posture qui est pour moi la plus logique. Non ! Une fois encore je refuse de cautionner l’inconsistance et l’opportunisme, dussé-je froisser quelques susceptibilités dans mon propre camp. Je préfère donc donner du grain à moudre à tous ceux qui estiment que le problème tel que posé ne peut prospérer car tout comme un mauvais diagnostic ne permet pas de soigner un malade, une approche opportuniste et conjoncturelle ne peut permettre de résoudre un problème structurel.

Le président Bedié, pince-sans-rire, accuse les étrangers de tous les maux d’Israël et n’hésite pas, sans le moindre commencement de preuves, à affirmer que « on fait venir des étrangers, armés, qui sont stationnés dans beaucoup de villages... le moment venu nous agirons, pour empêcher ce hold-up sur la Côte d’Ivoire, sous le couvert de l’orpaillage ».

Soit le président ignore ce qu’est la réalité de l’orpaillage (clandestin) en Côte d’Ivoire soit il fait du sophisme. Le sujet de l’orpaillage illégal est bien trop sérieux pour qu’on laisse les politiciens le dévoyer à des fins politiciennes, au risque de remettre en scelle le RHDP qui n’en demandait pas autant de ses adversaires politiques.

La réalité, c’est que l’orpaillage clandestin, qui n’est pas un phénomène nouveau, touche pratiquement toutes les zones de production aurifère de notre pays, de Boundiali à Toumodi en passant par Bocanda et Dimbokro. À ce sujet, dans une récente contribution, Gnamien Yao, cadre du PDCI et ex ministre des mines explique que « c’est en 1984 que la Côte d’Ivoire formalise la libéralisation de l’exploitation artisanale de diamant et d’or sur toute l’étendue du territoire national afin de permettre aux populations ivoiriennes qui n’avaient pas forcément l’expertise minière de trouver une alternative au chômage galopant, consécutif à l’abandon des plantations de café et de cacao, suite à la mévente des produits agricoles ».

Cependant, l’intrusion dominante des étrangers, majoritairement Guinéens et Burkinabés, dans le secteur de l’orpaillage est elle récente et résulte de la rébellion de 2002. Plusieurs anciens commandants de zone des Forces Nouvelles (FN) ont profité de la contrebande et prélevé des taxes illégales auprès des intermédiaires dans le secteur artisanal de l’or. Voilà la source du mal.

M. Bedié dont le régime PDCI a, pour des visées électoralistes, abondamment et complaisamment distribué dans les années 90 des Cartes Nationales d’Identité ivoirienne à des centaines de milliers d’étrangers pour faire barrage au FPI de Gbagbo était opportunément l’allié de la rébellion des FAFN à travers le soutien militaire et politique qu’elle apportait au RHDP, dont le PDCI faisait partie. Bedié le sait, c’est de cette façon que de nombreux mercenaires burkinabés se sont reconvertis dans l’orpaillage clandestin et y sont encore aujourd’hui pour certains.

Il est donc faux et injuste, maintenant que le PDCI n’est plus en odeur de sainteté avec le RHDP, d’accuser ce dernier de faire venir « des étrangers armés sous le couvert de l’orpaillage clandestin ». Ceux que Bedié taxe aujourd’hui d’étrangers, partageaient hier avec lui gîte et couverts dans le confort de l’hôtel du golf. Leur présence massive, rassurante et protectrice à ses côtés contre les FDS ne le gênait pas du tout. Pas plus d’ailleurs que la colonisation du mont Peko par Amadé Ouremi et consorts. L’adage nous enseigne pourtant que lorsqu’on crache en l’air nous devrions nous attendre à en recevoir quelques gouttes sur le bout du nez. Assumons donc aujourd’hui notre forfaiture d’hier et buvons le calice jusqu’à la lie.

L’orpaillage clandestin ne gêne pas nos populations appauvries par près de 30 ans de crises politiques successives. Personnellement, je m’en suis rendu compte lorsqu’en octobre 2018, à la faveur de la pollution du fleuve Nzi au cyanure par des orpailleurs j’ai dû saisir le commandant de l’escadron mobile de la gendarmerie de Dimbokro pour me faire une exacte idée de la situation.

Je suis tombé des nues quand il m’a expliqué que, contrairement aux citadins, la majeur partie des populations villageoises soutenait les orpailleurs. Avec eux, le cash circule à flot et ils font beaucoup de cadeaux aux villageois (motos, vélos, briques, tôles...). Ils s’installent toujours avec l’aval des chefs de villages, des présidents de jeunesse et de certains cadres de la région à qui ils versent des rétro commissions.

De fait, les populations villageoises sont elles-mêmes les protecteurs des orpailleurs clandestins. Les substantiels revenus tirés de l’orpaillage clandestin constituent une alternative à la mévente des produits agricoles et au chômage des jeunes. Le commissaire de police et le sous préfet de Dimbokro abonderont dans le même sens.

Ne nous le cachons pas, nonobstant la récente montée en puissance du sentiment nationaliste qu’on a pu observer notamment lors de l’élection de la nouvelle miss Côte d’Ivoire, l’ivoirien aime l’étranger... plus que son frère ivoirien.

Ce n’est pas l’étranger qui s’impose mais c’est l’ivoirien, principal partenaire ou client de l’étranger qui l’impose dans de nombreux secteurs d’activité commerciale. Vous voulez vous en convaincre ? Ouvrez une boutique pour concurrencer un mauritanien, vous ferez chou blanc. L’ivoirien préfère enrichir « Diallo » plutôt que Koffi ou Sery. Le garba des Haussas, le poulet braisé de Ouedraogo, les pièces automobiles de Hassan le libanais sont plus prisés par les ivoiriens que ceux de leurs compatriotes. C’est un fait indiscutable et cela date de l’erre Houphouët-Boigny. Gbagbo n’est pas en reste quand ce sont des étrangers comme Guy Laberti ou Bernard Houdin qui s’invitent dans les affaires internes du FPI et s’autorisent même à prononcer l’exclusion de son président statutaire, sous les applaudissements des Sam l’Africain et autres Demba Traoré dont le frère est un malien, célèbre animateur sur une chaîne de radio privée avec qui j’ai eu à échanger au téléphone durant plusieurs minutes. Tous ces étrangers ont droit de cité au FPI. Rien de nouveau sous le soleil éburnéen. Il faut juste arrêter d’être hypocrite et ne considérer l’étranger comme un bon patriote ivoirien que lorsqu’il sert vos intérêts politiques du moment.

Dans une Côte d’Ivoire qui difficilement peine à panser les stigmates de la crise post électorale de 2010 il faut éviter de surfer sur les vieux démons de la xénophobie en en faisant un fond de commerce politique. Les sujets pour confondre le pouvoir Rhdp sont légions et concernent entre autres la CEI, la cherté de la vie ou le chômage. Voilà où les ivoiriens nous attendent et non sur l’attisement de la peur des étrangers comme le font si bien les partis d’extrême droite en Europe et singulièrement le Front National en France.

Par ailleurs, M. Bedié accuse ouvertement, sans la moindre preuve, le ministre Hamed Bakayoko en ces termes « cela se passe surtout dans la commune d’Abobo. Les gens rentrent, on leur fait des papiers et ils ressortent. Certains repartent d’autres restent.... Si c’est pour venir fausser les élections de 2020 nous voulons le savoir ».

Ces accusations sont suffisamment graves pour qu’elles ne restent pas sans suite. M. Bedié qui est devenu si prolixe depuis la fin de la lune de miel avec le RHDP devrait nous en dire un peu plus. Il ne peut pas priver les ivoiriens et en particulier ses électeurs de leur légitime droit d’être informés du supposé complot contre les ivoiriens et élections de 2020. Il y va de sa crédibilité personnelle et politique. À ce niveau de responsabilité politique la parole doit être précieuse et juste.

La régulation du flux migratoire des étrangers en Côte d’Ivoire se fera avec une rigoureuse politique de contrôle aux frontières, une immatriculation non complaisante des étrangers et non avec l’exaltation de la crainte de l’étranger. Que proposez-vous aujourd’hui comme solution à ce flux migratoire que vous ne l’aviez fait hier lorsque vous exerciez le pouvoir d’Etat ? C’est là que je vous attend.

Telle est ma contribution sur ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire des étrangers de Bedié » car, sous l’onction approbateur de nos ivoirtaires d’aujourd’hui, ceux qui ont balafré la nation en lui portant le glaive au cœur s’appellent notamment Soro Guillaume, Alain Lobognon, Dakouri Tabley, Félix Doh... ils sont tous ivoiriens, Baoulés pour certains, Senoufos ou Bhétés pour les autres.

Jean Bonin Juriste Citoyen ivoirien.

COMMENTS

  • Anonyme (non vérifié) 09.12.2019, 11:56 am

    Chapeau mR vous êtes intelligent on peut pas vous duper facilement merci pour votre contribution pour la Côte d’Ivoire des gagnants

  • Anonyme (non vérifié) 09.12.2019, 11:56 am

    Je n ai même pas besoin de lire toit ton charabia. Soit intelligent et réponds à trois questions:
    1. IL y a t il oui ou non des orpailleurs clandestins armes majoritairement étrangers dans toutes nos régions à la lisière des villages?
    2. Ces criminels ont ils des liens avec l ex rébellion armée et qui le procure ces armes?
    3. Le gouvernement a t il l intention de les désarmer et les reconduire chez eux?
    4. A qui étaient destinées 280 000 fausses attestations d identité de l'ONI en provenance de Cotonou? Qu à fait le gouvernement depuis, pour y mettre fin ?

  • BAKARY (non vérifié) 09.12.2019, 11:56 am

    ANALYSE TRÈS IMPARTIALE MERCI A VOUS MR BONIN

  • Takou Charles seri (non vérifié) 09.12.2019, 11:56 am

    Quelqu'un qui a su dire la vérité. Mais est ce que ce courage n'est pas du aussi du fait de votre méfiance vis à vis de Bedos ces jours ci.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Your email address will not be published. Required fields are marked *

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.