L’alternance sans alternative. En ce jour de fête du travail les ergophobes qui écument et pullulent sur les réseaux sociaux ne m’en voudront pas de jeter un pavé dans la mare boueuse de l’endoctrinement politique injecté à dose homéopathique dans l’esprit poreux de pseudos souverainistes des lagunes et que d’aucuns voudraient subrepticement nous inoculer.

En 1983 M. Laurent Gbagbo publiait « pour une alternative démocratique », un brûlot contre le régime PDCI et la gouvernance du président Félix Houphouët-Boigny. Tout de même, près de deux décennies après, ayant lui-même été confronté aux difficiles réalités de l’exercice du pouvoir d’Etat, contre toute attente, il s’enorgueillira de ce que le père de la nation lui aurait, dans le plus grand secret, dit « hélas ! tu me ressembles ». Devrions-nous en rire ou en pleurer ?

De fait, l’ouvrage de M. Gbagbo qui de bonne foi avait suscité beaucoup d’espoir en nous qui rêvions d’alternance apparaît davantage comme un creux discours programme plutôt qu’une rigoureuse dialectique sur la démocratie ivoirienne.

Après 10 ans, 5 mois et 16 jours d’exercice du pouvoir d’Etat peut-on raisonnablement considérer que l’objectif de « l’alternative démocratique » si chère à M. Gbagbo Laurent ait été une réalité palpable ? Rien n’est moins sûr.

Si son accession au pouvoir d’Etat a été qualifiée (par lui-même) de « calamiteuse » la perte de ce même pouvoir sera, elle aussi, marquée par son caractère « atrocement sanglant ».

Le dénominateur commun entre l’entrée en fonction et la perte du pouvoir c’est l’absence de passation des charges tant d’avec son prédécesseur, Robert Guéï, qu’avec son successeur, Alassane Ouattara. C’est un fait et non un jugement de valeur.

Bis repetita, M. Gbagbo ayant fini par prendre acte de la perte de son pouvoir d’Etat au profit de son grand rival du RDR, le revoilà, par enchantement, redevenu président, du FPI, à l’occasion d’un bunga bunga politique organisé sous une paillote dans son village. Coutumier du fait, son simulacre de sacre se fera également sans la présence de son supposé prédécesseur, Affi NGuessan.

Si les absences de Gueï Robert lors de son sacre de 2000 et de Alassane Ouattara lors du massacre de 2011 peuvent s’expliquer par la brutalité de son accession et de sa perte du pouvoir rien ne justifie en l’absence de tels actes de violences politiques qu’il soit « consacré » en 2015 « président » du FPI sans que son prédécesseur, Affi N’Guessan, ne soit présent.

Si ce n’est pas la violence politique qui justifie l’absence de passation des charges avec Affi alors c’est inextricablement qu’il y a eu une forfaiture, une fois de plus. En 2010, la Côte d’Ivoire, sous Laurent Gbagbo, s’est retrouvée avec deux présidents de la république. En 2015, le FPI, avec le même Laurent Gbagbo, s’est retrouvé avec deux présidents pour un même parti. Y a t il une malédiction Laurent Gbagbo qui le poursuivrait et qui se caractérisait par la situation de ni paix ni guerre qui régulerait ses rapports politiques avec ses alliés ou camarades de parti ?

Hier, c’était Alassane Ouattara, le principal allié politique de Gbagbo Laurent, dans le cadre du front républicain, qui guerroyait avec ce dernier pour le contrôle du pouvoir d’Etat. Aujourd’hui, c’est encore l’ex principal collaborateur du président Gbagbo, le 1er ministre Affi N’Guessan, qui s’étripe avec lui dans une autre guerre de positionnement pour la présidence... du FPI.

En arithmétique élémentaire, le plus grand commun diviseur (PGCD) de deux nombres entiers non nuls est le plus grand entier qui les divise simultanément. En politique, il en est de même en Côte d’Ivoire ou le plus grand commun diviseur semble se nommer Koudou Gbagbo Laurent. C’est factuel.

Le FPI est censé être un parti politique. Il est donc nécessairement assujetti au règles qui régissent toutes les organisations politiques légales. Il va donc de soi que les règles notamment de dévolution du pouvoir interne dans une telle organisation sont formellement gravées dans le marbre des statuts qui la régulent.

Dès lors, qu’est-ce qui juridiquement, politiquement et idéologiquement pourrait expliquer cette crise d’autolâtrie qui caractérise désormais M. Gbagbo Laurent au point qu’il exige du président de son parti qu’il se démette à son profit sur les antennes d’une radio internationale (RFI) par ailleurs symbole même de l’anti souverainisme GOR ?

La question mérite d’être posée vu qu’il est constant que le président statutaire du FPI, Pascal Affi NGuessan, qui jouissait déjà d’une légalité nationale (obtenue à l’issue de deux congrès électifs, en 2001 et 2018) vient d’être confortée dans cette position par une décision de justice en France... suite à une saisine du tribunal de grande instance de Paris par un parent de M. Gbagbo himself. On peut donc estimer qu’Affi jouit d’une double légalité : nationale et internationale (sauf si les nihilistes considèrent que la justice française est elle aussi aux ordres de M. Ouattara).

Comment peut-il être crédible quand, opposant, il a passé tout son temps à critiquer le PDCI pour leurs supposées distances d’avec les règles démocratiques élémentaires qui devraient gouverner un État et que confronté lui-même à la rigueur des textes auxquels il a librement adhéré il choisit délibérément de les ignorer ?

Comment peut-il, au pouvoir, reprocher au RDR de prendre des largesses avec les principes démocratiques qui fondent la république et adopter lui-même un comportement si amniotique des propres règles qu’il a lui-même contribué à écrire ?

Certes, il s’en trouvera toujours des adeptes du Affi-bashing pour amphigouriquement essayer de prendre nos vessies pour des lanternes en tentant de justifier la forfaiture et la tentative de passage en force anti-démocratique par un gloubi-boulga argumentaire des plus indigestes mais la raison et le bon sens commandent que ces velléités de dérives dictatoriales rampantes soient dénoncées et combattues sans faiblesse.

Là où pour nous confondre nous les attendons sur le terrain des arguments les anachorètes nous servirons comme d’habitude un discours anxiogène. L’impéritie des bien-pensants de la galaxie patriotique est telle que toute discussion sensée semble illusoire et devient dérisoire ou dérision. La discussion qui est censée éclairer les uns et les autres et dissocier le vrai de l’ivraie se termine fatalement en séance de lapinage.

Au final, la seule chose qu’il faudrait retenir de la fumeuse « alternance démocratique » de M. Laurent Gbagbo c’est qu’elle est une « alternance sans alternative ». La seule alternative acceptable dans sa logique conceptuelle de la démocratique c’est lui, l’alpha et l’oméga de l’orthodoxie de leur pensée « Gorique ».

Triste épilogue d’une parenthèse anti-démocratique qui n’aurait jamais due s’ouvrir. Pathétique fin de règne pour quelqu’un que certains osent comparer au GRAND Mandela. Non Mandela n’est pas un chef de clan mais un Chef d’Etat, un vrai Homme d’Etat. Non Mandela n’a pas luter avec le président de son parti pour occuper son fauteuil ou le lui usurper, il est resté grand... jusqu’au bout.

Jean Bonin Juriste Citoyen ivoirien

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