Guillaume Kigbafori Soro, ancien Premier ministre et ancien président de l’Assemblée nationale caresse le rêve de briguer la magistrature suprême dans son pays. Mais de la rébellion des Forces nouvelles au perchoir, la sécurité de l’ex PAN a été assurée par des jeunes dont certains ont aujourd’hui maille à partir avec lui. Après la mort dans la misère de Doumbia Souhalio, dit Charly, ex élément influent de sa garde rapprochée le 20 mai dernier, L’Expression a décidé de faire une plongée dans le monde ultra secret de la sécurité rapprochée de Guillaume Kigbafori Soro.

Un homme, quand il marche, il laisse des traces. Et quand on a dirigé une rébellion qui a fait de nombreuses victimes et qu’on veut se passer ou liquider certains avec qui l’on était dans le maquis pour des intérêts personnels, il faut immanquablement s’attendre au retour du bâton. Et sur la question, c’est l’hebdomadaire panafricain, Jeune Afrique qui a raison quand il affirmait dans une récente publication, que le fantôme d’IB continue de hanter Guillaume Soro. Malheureusement pour l’ex chef rebelle, ce n’est pas seulement le fantôme de l’énigmatique Ibrahim Coulibaly, dit IB qui va hanter l’existence de l’ex président de l’Assemblée nationale. Guillaume Soro, dans la gestion des hommes ou de ses hommes, a fait de nombreux frustrés et victimes qui viennent s’ajouter au fantôme revanchard d’IB. C’est le cas de plusieurs éléments de la garde rapprochée de l’ancien chef rebelle. D’ordinaire, la loi de l’omerta est une valeur cardinale et absolue pour quiconque s’engage dans le très risqué métier de garde rapprochée, même après la cessation de ses activités. Mais dans le cas de Guillaume Soro, des membres de son premier cercle de sécurité depuis l’aventure périlleuse de la rébellion ont décidé de briser ce code et de livrer des secrets sur l’ambiance qui prévalait en leur sein depuis le Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI) en passant par les Forces Nouvelles et la présidence de l’Assemblée nationale. Les révélations qui vont suivre ne sont donc pas le fruit d’une invention journalistique. Elles sont rapportées par des hommes qui ont servi avec dévotion et loyauté Guillaume Soro pendant plusieurs années

                                                    La MACA, point de départ avec la rencontre du ‘‘Corbeau’’

Tout est parti d’un coup de fil qui remonte au vendredi 22 mai 2020. Ce jour-là, un membre de l’entourage de l’ex PAN avec qui nous avons gardé de bons rapports nous appelle via le réseau social Télégraph. « Frère je ne connais pas ta disponibilité actuellement, mais j’ai quelque chose qui pourrait intéresser ton journal. Au fait, j’ai un de mes petits qui est à la MACA qui appartenait à la sécurité rapprochée du patron (NDLR : Guillaume Soro) qui veut parler à un journaliste », m’a dit mon contact. Le lendemain samedi, sous le prétexte d’une visite, nous voici à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA), le plus grand pénitencier du pays. Ici, les entrées sont très filtrées à cause des événements survenus dans cette prison le mercredi 20 mai où des émeutes avaient éclaté dans certaines cellules. Après quelques formalités, nous voici devant le fameux prisonnier que nous allons, pour des raisons de sécurité, appelé ‘‘Le corbeau’’. C’est un homme à la corpulence moyenne et au regard tout de même méfiant qui nous reçoit. Après l’introduction de mon ami, ‘‘Le corbeau’’ gagne un peu en assurance et décide de s’ouvrir à nous. « Merci grand-frère d’être venu ici malgré les risques. Au fait, je m’appelle xxxxx. J’appartiens à la garde rapprochée du président Guillaume Soro. Je suis à ses côtés depuis la rébellion. J’ai été arrêté et emprisonné ici à la MACA après les événements de décembre 2019 où l’avion du patron n’a pas pu atterrir. Nous sommes nombreux qui avons été arrêtés. Aujourd’hui, j’ai voulu parler à un homme des médias parce que mon cœur saigne. Je viens de perdre un compagnon, un frère d’arme avec qui nous étions dans la garde rapprochée du patron. Il s’agit de Doumbia Souhalio, dit Charly. Sa mort m’a certes touché, mais ce qui m’a le plus fait mal, c’est les larmes de crocodile que mon patron a versé le jour du décès de cet élément qui avait pourtant sacrifié sa vie pour lui. Le jour de la mort de Charly, mon patron a fait une publication sur Facebook pour lui rendre hommage alors que dans sa maladie, il avait supplié en vain de lui venir en aide. Nous avons servi avec dévotion notre patron. Aujourd’hui beaucoup d’entre nous qui sommes restés fidèles jusqu’au bout sont pourchassés dans la ville. Nous autres, sommes en prison à cause de lui. Il y en a qui ont tout perdu ou qui sont malades et qui ont besoin de peu de moyens pour se soigner. Mais notre patron préfère aujourd’hui payer à coup de millions des cyber activistes plutôt que de donner le minimum de moyens pour la sauver la vie de ceux qui lui ont permis d’être là où il est aujourd’hui. C’est dans ces conditions que mon frère Charly est mort et je le vois venir exprimer sa compassion sur Facebook. Il est vrai que nous allons tous goûter à la mort, mais pour des sacrifices qu’on a fait ensemble depuis la rébellion, il y a des choses que le patron ne peut pas se permettre. C’est pourquoi après la mort de Charly qui est la mort de trop, j’ai décidé de me vider parce que c’est déjà verrouiller sur nous », a longuement relaté ‘‘Le corbeau’’ avant de pousser un soupir qui en dit long sur son ressentir.

                                            Mort de Charly : La goute d’eau qui a fait déborder le vase

Le mercredi 20 mai 2020, les acteurs de l’ex rébellion en Côte d’Ivoire ont appris la mort de Doumbia Souhalio qui a appartenu à la garde rapprochée de l’ancien président de l’Assemblée nationale. Le même jour, Guillaume Soro a publié sur sa page Facebook un communiqué de sa garde rapprochée dans lequel il pleure la disparition de son ex collaborateur. « Regret vous annoncer le décès du Sergent-chef Doumbia Souhalio dit Charly, membre de la sécurité rapprochée du Premier Ministre honoraire Guillaume Kigbafori Soro. Décès survenu ce mercredi 20 Mai 2020 aux environs de 20 heures GMT au CHU de Treichville Abidjan. L’ensemble de la Garde Rapprochée salue la mémoire de ce vaillant soldat qui a joué un rôle important dans le dénouement de la crise post-électorale de 2010. Que son âme repose en paix. Le commandant Abdoulaye Fofana. Aide de Camp », pouvait-on lire sur la page officielle de l’ex PAN le mercredi 20 mai 2020. Pour ‘‘Le corbeau’’ avec qui nous avons échangé à la MACA, c’est ce communiqué qui a fait déborder le vase des frustrations de certains membres de la garde rapprochée. Pour ce dernier, l’attitude de Guillaume Soro dans la maladie du sergent-chef Doumbia Souhalio fait partie des éléments qui ont accéléré la mort de son frère d’arme. Mais qui était ce Doumbia Souhalio, dit Charly ? Selon nos investigation, Charly fait partie des jeunes volontaires qui, aux premières heures de la rébellion se sont engagés, au péril de leur vie, à constituer la garde rapprochée de Soro. A la faveur des nombreux accords, Charly a été reversé dans l’Armée et affecté à la Garde républicaine. Naturellement, il fut affecté à la Garde rapprochée du Président de l’Assemblée nationale. Selon les témoignages que nous avons recueillis auprès de ses frères d’arme, Doumbia Souhalio, dit Charly est un soldat intrépide dont le courage au front et les compétences forçaient le respect et l’admiration. C’est d’ailleurs eu égard aux qualités intrinsèques de ce soldats que Guillaume Soro va lui permettre de faire plusieurs stages de perfectionnement en sécurité rapprochée en contre-terrorisme. A ce titre, Charly a effectué des stages de formation au Burkina Faso et au Maroc. Au terme du stage burkinabé, Charly était classé meilleur tireur avec précision de tout le contingent. En 2017, quand la vague de départs volontaires à la retraite a été lancée, Doumbia Souhalio, curieusement fait partie des candidats. A la vérité, toujours selon nos investigations, c’est son patron GKS qui lui a demandé de prendre sa retraite anticipée. Et c’est notre corbeau de la MACA qui va donner les vraies raisons. « En 2017, Charly est allé à la retraite sur demande du patron. Après les mutineries de 2017, le patron savait que sa garde allait être redimensionnée et que son dispositif sécuritaire allait être démantelé. Mais connaissant les compétences de Charly, le patron savait que quelqu’un d’autre pouvait le récupérer. Pour éviter de le perdre, il lui a demandé de prendre sa retraite anticipée et que tôt ou tard il reviendra jouer les premiers rôles dans le pays. A ce moment-là, il lui fera à nouveau appel pour réintégrer l’armée et sa garde rapprochée. En contrepartie, le patron s’est engagé à lui payer chaque mois, son salaire de sergent-chef, ses primes et tous les avantages dont il jouissait, à savoir : Son salaire qui avoisinait 225 000F, son bail de 90 000F et sa prime de 50 000F de la garde républicaine », nous a soufflé ‘‘Le corbeau’’. Mais toujours selon cette source très introduite auprès du défunt, l’ex PAN n’a jamais honoré cet engagement auprès de son agent de sécurité jusqu’à la mort de ce dernier. Pire, une année après son départ à la retraite sur demande de son patron, Charly est tombé malade. Par personnes interposées, il a sollicité à plusieurs reprises l’aide de son patron pour se soigner, mais rien n’y fit. C’est avec son argent de départ volontaire que le pauvre Charly s’est soigné pendant plusieurs mois au CHU de Bouaké. Dans sa volonté d’avoir de l’aide, il parvient à rentrer en contact directement avec le commandant Fofana, aide de camp de Guillaume Soro. Avant une hypothétique réaction du grand patron, le commandant Fofana fait la promesse ferme à Doumbia Souhalio de lui envoyer à titre personnel la somme de 100 000F pour l’appuyer dans ses dépenses. Mais cette promesse restera également sans suite. Ayant épuisé toutes ses économies, l’intrépide soldat qui faisait jadis la fierté de la sécurité rapprochée de Guillaume Soro, désormais livré à lui-même, s’est alors replié dans son village à Dabakala pour s’en remettre à la médecine des aïeuls. Mais ici encore les choses vont s’empirer. Ses parents décident alors de l’évacuer sur Abidjan où il sera interné à l’Institut de cardiologie du CHU de Treichville. Grâce à de bonnes volontés et à la solidarité de certains de ses frères d’arme, il parviendra à assurer pendant un temps, ses soins. Malheureusement, dans la nuit du mercredi 20 mai 2020, l’intrépide soldat passera l’arme à gauche et rendra l’âme à 20 heures. Le même jour, son dédormais ex patron Guillaume Soro fait une publication sur sa page Facebook pour saluer la mémoire de ce « vaillant soldat » et exprimer sa compassion à sa famille. C’est donc ces larmes de crocodile qui ont irrité ses frères d’arme qui ont décidé de ‘‘casser les papo’’ depuis la prison. « Ce message du patron nous a irrités. Tu demandes à quelqu’un de prendre sa retraite anticipée et tu lui fais des promesses que tu n’as jamais tenues. Le monsieur tombe malade et à plusieurs reprises sollicite ton aide pour se soigner. Jamais tu ne lui as envoyé un seul kopeck. Pendant ce temps, tu paies à coup de millions des cyber-activistes pour soigner ton image. Dans ses derniers jours, ton aide de camp s’engage à lui envoyer 100 000F. Cet argent ne lui a jamais été envoyé jusqu’à sa mort. Et le jour où il décède, vous êtes les premiers à saluer sa mémoire et à exprimer votre compassion. C’est une foutaise que nous ne pouvons plus acceptée. Il est vrai que nous autres sommes en prison, mais c’est Dieu qui va régler le sort de chacun d’entre nous », a conclu très amer ‘‘Le corbeau’’ de la MACA. Aux dernières nouvelles, le pauvre Doumbia Souhalio, dit Charly a été inhumé dans l’anonymat le plus total, quelque part à Bonoua, loin de la terre ses ancêtres. L’homme qui aura servi Guillaume Soro avec dévotion et loyauté a rejoint la vie d’outre-tombe avec beaucoup de récriminations. Autant dire que le fantôme d’IB ne sera pas le seul à hanter la vie de Guillaume Soro.

In L'Expression du vendredi 6, samedi 7 et dimanche 8 juin 2020

Légendes des photos:

Photo 1 : Doumbia Souhalio, alias Charly, qui a servi pendant plusieurs années dans la sécurité rapprochée de Guillaume Soro est mort dans l’indifférence de son ancien patron Photo 2 : Une photo de Doumbia Souhalio, dit Charly qui vivait ses derniers instants à l’Institut de cardiologie d’Abidjan

Photo 3 : Ici la tombe du soldat Doumbia Souhalio, dit Charly avec une épitaphe qui en dit long sur ses derniers instants sur terre

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