Soro espère rebondir avec un nouveau parti politique

Localisé en Turquie, Guillaume Soro s’attèle à mettre sur pied une nouvelle formation politique. Selon des sources proches de l’ex-président de l’Assemblée nationale, la mise sur pied de cette formation politique obéit à une volonté de fédérer autour de lui plusieurs mouvements et partis politiques plongés dans une crise de leadership sans merci. Groupement populaire de solidarité (GPS) est le nom de ce parti qui portera, sans doute, la candidature de Soro. Son lancement officiel est prévu, sauf changement, en septembre. Cette formation politique est bâtie dans un contexte défavorable pour celui que ses partisans surnomment le leader générationnel. Décryptage.

Après avoir démissionné de sa fonction de président de l’Assemblée nationale, Soro a fait face au scandale du putsch manqué au Burkina pendant la transition instaurée après le départ du pouvoir de Blaise Compaoré, le 31 octobre 2014. Plusieurs bandes d’écoute téléphonique disponibles pendant le procès des putschistes ont mis en évidence son implication active. Convoqué à la barre, le 14 mars 2019 au Burkina comme témoin dans le procès du putsch manqué de 2015, l'ex-président du Conseil national de transition, Chérif Sy, a fait de nouvelles révélations sur l'affaire des écoutes. Selon lui, Guillaume Soro a admis, lors d'une conversation qu'ils ont eue à Paris un mois après la tentative de coup d'État, avoir bien tenu les propos qui lui sont reprochés.

La débâcle au sein de l'APF

Par ailleurs, la récente humiliation de Soro dans sa bataille pour le contrôle de la présidence de l’Assemblée parlementaire francophone (APF) a été cinglante. À Rabat le 14 juin dernier, il a été interdit d’accès à la salle des travaux préparatoires de la 45ème session de l’APF. Il a commis un groupe d’avocats français pour défendre ses intérêts en vain. Ce groupe a vu sa requête rejetée et aurait même été sommé de payer une amende. À Abidjan, la 45ème session s’est pourtant tenue, en dépit de ses dénonciations quasi quotidiennes. La première mesure prise par les parlementaires francophones a été de le destituer de son poste de vice-président de l’APF. Ensuite, sa candidature a été rejetée, avant l’élection de son rival, Amadou Soumahoro, actuel président de l’Assemblée nationale, à la tête de l'APF.

Crise de leadership dans la Sorosphère

Au niveau des mouvements et partis politiques proches de lui, il y a des difficultés. La crise de leadership qui les mine plombe leur fonctionnement. Le président du Rassemblement pour la Côte d’Ivoire (RACI), Soro Kanigui et l’ancien leader de l’Alliance pour le changement (APC), Soro Alphonse, trainent un vieux contentieux depuis l’époque de la rébellion ; contentieux liés à la gestion de la manne générée par l’exploitation de la filière coton et anacarde dans les zones Centre, Nord et Ouest de 2003 à 2010. Par ailleurs, comme l'a révélé Touré Alpha Yaya, ancien leader soroiste de la Bagoué, des proches de Soro tels que les députés Alain Lobognon et Soro Kanigui se vouent une inimitié cordiale. Le premier accuse le second de torpiller le Mouvement pour la défense des valeurs citoyennes (MVCI), dont les leaders sont Lobognon lui-même et Sekongo Felicien.

À côté de cette guéguerre, il y a la crise entre l'Union des soroistes (UDS) et le directeur de la communication de Soro, Moussa Touré. Le leader de l'UDS, Soro Marc, accuse ce dernier de le torpiller auprès de Soro. D’ailleurs, l'UDS, absent du conclave de Katiola, le 12 mai dernier, a accusé Moussa Touré d’être à la base de cette manœuvre.

Soucis de légitimité

Ces micro-partis autour de Soro ont également un soucis de légitimité. Le RACI est aujourd’hui à la croisée des chemins. Plusieurs de ses hauts responsables ont quitté le navire au profit du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Créé au départ pour soutenir les actions du président Ouattara, ce mouvement baptisé autrefois Réseau des amis de la Côte d’Ivoire s’est mué en parti politique de soutien à Guillaume Soro. Du coup, de nombreux adhérents, proches du président Ouattara, ont pris leur distance. Il en de même pour le MVCI, présenté également au départ comme un mouvement de la société civile. Ce mouvement s’est transformé plus tard en une appendice de soutien à Soro. Des responsables du bureau du MVCI ont claqué la porte.

À l’Assemblée nationale, Alain Lobognon avait créé « l’Alliance du 3 avril », en juin 2017. Un mouvement de députés dans lequel il annonçait une trentaine de parlementaires. À l’arrivée, il n'avait que moins de 10 députés. Le mouvement a fait long feu et a disparu. Un échec que Lobognon a imputé à son collègue Soro Kanigui qu’il accuse en privé de saboter toute initiative pour la promotion de Soro dans l’objectif d’être le seul leader légitime.

Le Comité politique, un ballon d’essai

C’est un tel contexte que Guillaume Soro a lancé le Comité politique après son départ de la tête de l’Assemblée nationale. Le premier conclave de ce comité politique à Katiola annoncé à grand renfort de publicité a été un fiasco. Les Ivoiriens étaient curieux de savoir les personnalités qui composeraient ce mouvement politique. Ils ont découvert, surpris, les mêmes têtes qui rôdent autour de Soro : Soro Kanigui, Alphone Soro, Sekongo Félicien notamment. Pour corriger le fiasco, le député de Ferké a publié une liste de personnages composant le comité politique. Si les personnes qui constituaient la liste étaient d’origine régionale diverse, n’empêche qu’ils étaient d’illustres inconnus sur la scène politique ivoirienne. Il restait donc à Soro d’abattre sa dernière carte, celle de la création d’un parti politique pour fédérer des énergies contraires. D’où le GPS. Y réussira-t-il ? Pas si sûr. Une chose est certaine, l’ancien président de l’Assemblée nationale compte aller au bout, quitte à faire tomber le pouvoir d’Abidjan, comme l’indiquait récemment El Hadj Mamadou Traoré, ex-directeur d’une structure étatique proche de Soro.

Yasmina Ouégnin, le joker

Un proche de Soro avec qui nous avons échangé sur la question reste sceptique quant aux chances d’un parti politique de Soro de prospérer. « Plutôt que de penser à travailler ensemble, nous sommes divisés. Chacun veut prouver au leader qu’il mobilise le plus. La conséquence directe c’est que chacun lutte pour faire échouer son camarade. C’est décevant », révèle ce collaborateur de Soro qui a requis l’anonymat. Un observateur de la vie politique ivoirienne estime pour sa part que l'ex-président de l’Assemblée fait face à trois gros défis. Le premier, c’est de réussir à fédérer autant de contradictions dans son propre camp. Le deuxième, c’est de faire face à la grosse machine du RHDP qui continue de grignoter ses électeurs et le dernier, d’intégrer une alliance de l’opposition qui ne lui fait pas confiance. « Gbagbo n’est pas encore disposé à l’accepter dans une éventuelle alliance. Bédié qui manœuvre pour lui ne le voit pas comme candidat, mais plutôt un déstabilisateur du système Ouattara », confie cet observateur.

Seul point de satisfaction pour Soro, sa proximité avec la présidente du groupe parlementaire Vox Populi de Yasmina Ouégnin. La cadette de Ouégnin est engagée à fond pour la promotion et la défense de Guillaume Soro à toutes les tribunes. Selon plusieurs sources d’informations, le nouveau parti de Soro devrait intégrer Yasmina Ouégnin. Pas en tant que militante, mais elle pourrait être la colistière de son collègue si d’aventure celui-ci est candidat. À près de 17 mois de la présidentielle, l’opposition n’a pas encore une stratégie claire. Ce qui fait donc l’affaire du RHDP qui prépare dans l’ombre son candidat.

Reine MELEDJE

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