Simone Gbagbo a tenu un discours dangereux à Duékoué

Depuis sa sortie de prison le 8 août 2018, Simone Gbagbo s’est positionnée en apôtre de la cohésion nationale. Du moins, en lançant des messages invitant à l’apaisement. Mais sa dernière sortie publique à Duékoué, le vendredi 26 Avril 2019, jure avec cette posture de héraut de la réconciliation nationale. En effet, en séjour à Duékoué dans le cadre de la fête de la liberté, organisée par la faction Gbagbo ou rien( Gor) du Front populaire ivoirien( Fpi), elle a repris à son compte la thèse du génocide du peuple wê, clamée par certains cadres de l’Ouest de la Côte d’Ivoire, depuis la fin de la guerre postélectorale de 2011. Prenant la parole à l’ouverture de la cérémonie, le vendredi dernier, la « prophétesse de Bonoua » a soutenu qu’il y a bel et bien eu un génocide du peuple wê, supposé être les autochtones de cette région du pays. « Quand le secrétaire général adjoint( du Fpi, tendance Gor, ndlr) dit qu’il y a eu génocide ici, je dis oui, tu as raison. Il y a eu un génocide ici et il est important que le monde entier sache que nous avons expérimenté, vécu le génocide ici », a affirmé derechef l’ex-Première dame. Sans avancer le moindre début de preuve. En la reprenant ainsi à son compte, Simone Gbagbo amplifie cette théorie du génocide wê, que véhiculaient jusque-là certains élus de l’Ouest. Sortie de la bouche de l’ex-first lady, qui reste une icône de la vie politique nationale, cette thèse prend du poids au point d’apparaître comme une parole d’évangile. Que pourraient boire gloutonnement les fidèles de la « prophétesse de Bonoua », avec le risque de nourrir des actes de vengeance demain. Or, en choisissant de hurler avec les loups, Simone Gbagbo n’avance aucune preuve. Sur quoi fonde-t-elle, en effet, cette grave accusation ? Qu’est-ce qui la fonde à soutenir mordicus qu’il y a eu génocide du peuple wê, autrement dit, que des actes ont été « commis dans l’intention de détruire, tout ou partie, un groupe national ethnique… », au sens de la Convention onusienne de 1948 sur le génocide ? Motus et bouche cousue. De sorte que ses propos sonnent comme un slogan vicieux, destiné à haranguer des foules, et mieux, à faire vibrer la fibre ethnique. Avec pour conséquence éventuelle l’incitation à la vengeance. C’est en cela que ces propos de l’ex-Première dame sont dangereux pour la cohésion nationale et pour la paix tout court. Prôner la paix comme elle le fait de puis sa sortie de prison et reprendre à son compte la thèse du génocide wê, c’est détruire de la queue l’œuvre de paix qu’elle prétend bâtir. Pis, c’est saper le processus de pacification des cœurs engagé par le successeur de son époux à la tête du pays depuis un certain 11 avril 2011. C’est, en effet, réveiller les vieilles douleurs et charger les cœurs de rancœur, alors que bien des actes ont été posés par Alassane Ouattara depuis huit ans, pour justement désarmer les esprits et les cœurs. L’ex-first lady devrait rester dans son rôle de semeuse de germes de la paix, elle qui connaît le prix que l’on paie quand survient la guerre.

Nadia YORO

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