Au moment où s’ouvre à La Haye une audience en appel dans le procès de l’ancien président ivoirien et son poulain Charles Blé Goudé, une nouvelle plainte sera portée contre ces mêmes acteurs devant les juridictions ivoiriennes. Au cours d’une conférence de presse qui a été animée ce lundi 22 juin dans un hôtel à Abidjan, l’Association des Parents des Femmes Martyres d’Abobo (APAFEMA) a décidé de porter plainte contre Laurent Gbagbo et contre X pour la manifestation de la vérité dans les circonstances qui ont entraîné le tragique assassinat de 7 femmes à Abobo le 3 mars 2011 à Abobo. Sur les enjeux, les personnes visées et la procédure de cette nouvelle plainte, InfoPlus vous propose l’intégralité des propos liminaires du président de l’Association des Parents des Femmes Martyres dont nous avons reçu copie.

Chers journalistes, Amis de la presse nationale et internationale

L’Association des Parents des Femmes martyres d’Abobo (A-PA-FEM-A) porte à votre connaissance qu’elle a décidé de saisir la justice ivoirienne pour l’ouverture d’une enquête sur les circonstances et les auteurs de l’assassinat de nos enfants, le 3 mars 2011, à Abobo Banco. Ce jour-là, nos enfants que sont Ouattara Gnon Rokia, Bamba Massiami, Coulibaly Ami, Sylla Malon, Touré Adjara, Coulibaly Fatoumata et Koné Moyamou ont participé, avec des milliers de femmes, à une manifestation pacifique pour exiger le respect du verdict des urnes suite aux élections présidentielles de novembre 2010. Pendant qu’elles manifestaient, les mains nues, elles ont subi des tirs provenant de chars et de véhicules de l’armée ivoirienne sous le commandement de l’ancien président, Laurent Gbagbo.

La Cour pénale internationale (CPI) qui suivait de près la crise post-électorale, a lancé des mandats d’arrêts internationaux contre des personnalités ivoiriennes dont l’ancien président Laurent Gbagbo pour répondre des crimes commis pendant la crise post-électorale, parmi lesquels la tuerie des femmes d’Abobo. Ce mandat était pour nous, parents des victimes des femmes martyres d’Abobo, un espoir. L’espoir de voir les responsables des tueries de nos filles répondre de leurs actes. Nous nous sommes rendus à la CPI pour témoigner et dire notre part de vérité dans ce procès qui aura duré 5 ans. Malheureusement, au terme du procès, Laurent Gbagbo a été acquitté par la Chambre préliminaire 1 de la CPI, non parce qu’il est innocent, mais parce que la justice internationale considère qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves. Nous, parents des victimes des femmes martyres d’Abobo, avions reçu cette décision d’acquittement de la Chambre préliminaire 1 comme un coup de poignard dans le dos, d’autant plus qu’une certaine opinion continue de croire que la mort de nos enfants est un complot. Que n’a-t-on pas entendu ou que n’entendons-nous pas ! Complot du bissap, montage, mensonges etc.. Des propos qui nous transpercent le cœur. Pour des pères et mères de famille, nous sommes doublement meurtris par de tels propos. D’un, on traite de mensonge l’assassinat de nos progénitures. De deux, on nous traite de menteurs, nous, parents, qui avions donné naissance à ces enfants, les avions nourries jusqu’à leur assassinat. Que gagnons-nous à mentir sur la mort de nos enfants ? Ceux qui ont perdu des enfants, surtout dans des circonstances tragiques savent ce que nous ressentons. Nous ne souhaitons à personne ce que nous vivons. Depuis bientôt 9 ans, nous pleurons nos enfants lâchement tués. Depuis 9 ans, nous sommes en quête d’une justice qui situera les responsabilités et infligera des sanctions aux auteurs, complices et commanditaires de ce crime odieux. Pour nous, la justice est importante pour deux raisons :

1- L’ouverture d’un procès avec des éléments précis permettra enfin de restituer la vérité dans l’esprit de tous sur l’assassinat de nos enfants.

2- Le procès permettra également de savoir les auteurs, les complices et les commanditaires de ce crime odieux afin que plus jamais, dans notre pays, on ne tue impunément quelqu’un. En marge de la nouvelle procédure en Appel ouverte à la CPI, nous, parents des femmes martyres d’Abobo, avions décidé de porter plainte devant les tribunaux ivoiriens contre Laurent Gbagbo et x pour assassinat, complicité d’assassinat…

Pour ce faire, nous nous ferons assister par un conseil représenté ici par Maître BOKOLA, lui-même fils d’Abobo. Notre action est le début d’un processus et nous nous battrons jusqu’au bout pour que justice soit rendue. Nous porterons plainte à Bruxelles, dont la justice à une compétence universelle pour connaître de l’assassinat de nos filles, contre Laurent Gbagbo et x. Nous avons foi que notre justice rétablira la vérité afin que nous puissions faire le deuil, une bonne fois pour toute, de la mort nos enfants assassinés. Je

vous remercie.

Fait à Abidjan le 22 juin 2020

Pour le Président de l’A-PA-FEM-A

BAMBA Mamadou

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