Le père Marius Djadji met les fidèles religieux en garde

Dieu est mort dans les églises et mosquées en Côte d’Ivoire. Il a été remplacé par les nouveaux dieux que sont Gbagbo, Ouattara, Bédié , Soro et autres leaders politiques. C’est du moins le constat que fait le père Hervé Djadji, prêtre du diocèse de Yopougon. Dans une sorte d’homélie, celui-ci alerte l’opinion sur cette réalité inquiétante, qui en dit long sur la politisation outrancière de la société ivoirienne.

En effet, dénonce le prélat, les fidèles et croyants semblent avoir évincé Dieu à l’intérieur des paroisses, chapelles et mosquées, au profit des leaders politiques. Il note, avec regret sans doute, que les acteurs politiques ont comme colonisé les lieux de culte, réussissant ainsi à en chasser le Dieu auquel les fidèles croient presque benoîtement : Jésus ou Allah. Et pour camper cette intrusion du politique dans le religieux au point d’y régner en maître, le père Djadji évoque plusieurs cas de figures, certainement tirés de son vécu d’homme de Dieu ou simplement de l’observation du quotidien des Ivoiriens.

« Quand on regarde les croyants ivoiriens, la division entre les Ivoiriens réagit négativement sur leur manière de concevoir Dieu. Les Ivoiriens ont divisé Dieu. Il y a un Dieu des pro-Gbagbo, un Dieu des croyants pro-Ouattara, un Dieu des croyants pro-Soro, un Dieu des croyants pro-Bédié. C’est le Dieu pro qu’on adore en Côte d’Ivoire », s’offusque-t-il. Puis le prélat de poursuivre, pointant toujours l’influence envoutante des leaders politiques sur leurs militants et sympathisants, qu’ils soient chrétiens ou musulmans. « En Côte d’Ivoire, au cours d’une même veillée de prière, pendant une prière à la mosquée ou au temple, à l’église, nous avons des intentions pro-Gbagbo, pro-Ouattara, pro-Soro, pro-Bédié. Les croyants s’attaquent même dans la prière. Les pro-Gbagbo prient contre les pro-Ouattara, les pro-Bédié contre les pro-Soro, les pro-Ouattara prient contre les pro-Gbagbo », relève, peiné, l’homme de Dieu.

Puis le prêtre de s’appesantir davantage sur la situation à l’intérieur des églises, qu’il connaît le mieux, assurément. « En Côte d’Ivoire, les mêmes qui chantent l’amour du prochain dans une même chorale dans une paroisse catholique et dans un temple évangélique ou protestant, sont capables de s’entretuer lorsque leur leader leur font appel », assène-t-il. Puis le prélat de renchérir en soulignant la trop forte emprise des leaders politiques sur les fidèles, notamment les chrétiens : « En Côte d’Ivoire, les mêmes chrétiens qui prient dans les groupes à vocation mariale et dans les groupes charismatiques, oublient les invocations à l’Esprit, les paroles de connaissance et les langues qu’ils marmonnent, quand il s’agit d’écouter leurs responsables politiques. Ils oublient le « je vous salue Marie » quand il est question de politique. Ils sont capables de s’insulter, de tuer et de verser le sang au nom de leur parti politique ».

Il évoque, par ailleurs, la controverse sur la nationalité, qui a fait irruption dans les lieux de culte, sous le manteau des leaders politiques. « En Côte d’Ivoire, les mêmes qui s’appellent frères, sœurs, dans les temples et églises deviennent du coup des ennemis quand ils doivent aller aux élections. Dès qu’il s’agit de la politique, la fraternité chrétienne disparaît et ils décortiquent la nationalité de ceux qui étaient leurs frères hier. On cherche qui est faux Ivoiriens, vrais Ivoiriens, Ivoiriens de souche, autochtones, allochtones, on n’oublie qu’à chaque messe on dit : « Notre Père » », crache encore le père Djadji.

Et pour bien montrer que cette déification des acteurs politiques est extrêmement préoccupante, il va même jusqu’à dire que cela s’observe également dans leurs rangs, eux les guides religieux. « En Côte d’Ivoire, pour des leaders politiques, pour des choix politiques, des prêtres se divisent, des évêques se contredisent, des imams se séparent, des pasteurs ne se parlent plus, les leaders religieux ne se retrouvent qu’après les affrontements », se désole le prélat, dont le texte montre à quel point la politique a perverti la le milieu religieux en Côte d’Ivoire.

Nadia YORO

LAISSER UN COMMENTAIRE

Your email address will not be published. Required fields are marked *

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.