L’opinion nationale et internationale a assisté, ahuris, à une sortie de Guillaume Soro, ex-président de l’Assemblée nationale, à une conférence publique en Espagne. Guillaume Soro indique avoir échappé à une tentative d’enlèvement à l’Hôtel Palace à Barcelone, entre 3h et 4h du matin par des policiers espagnoles. Ceux-ci ont débarqué dans sa chambre d’hôtel dans la nuit du lundi 7 au mardi 8 octobre 2019 pour tenter de l’arrêter. Après avoir parlementé avec eux, dixit Soro, les policiers ont rebroussé chemin. Il dit avoir échangé « en Français » avec l’un des policiers qui lui a demandé de parler à l’ambassadeur de la Côte d’Ivoire en Espagne. Après ces événements, le natif de Kofiplé, un village de Ferké, dit avoir appelé une source au siège d’Interpol, entendez Police internationale, pour savoir s’il y avait une procédure contre lui, étant entendu que les policiers qui ont voulu l’arrêter lui ont dit qu’ils étaient là au nom d’Interpol. N’ayant pas obtenu une réponse positive de « ses amis Interpol Paris », il a déduit, « sans rien affirmer », qu’Interpol Abidjan aurait actionné Interpol Espagne pour tenter de l’humilier.

Autre révélation « de taille », l’annulation de son visa diplomatique par les autorités d’Abidjan. Son avocat américain l’a informé que les autorités ivoiriennes l’auraient signalé comme un terroriste d’où le refus des Etats-Unis de le voir sur leur territoire pour « sa crush party ». Ces révélations appellent au bon sens et doivent nous conduire à un questionnement.

Les zones d’ombre

En ce qui concerne les Etats-Unis, il faut avouer que cette sortie intrigue. Parce qu’à notre connaissance, Guillaume Soro, alors tout puissant Premier ministre de Laurent Gbagbo et Président de l’Assemblée nationale sous le nouveau pouvoir, n’a jamais mis les pieds dans cet Etat. En 2012, la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, a souhaité ne pas voir Soro parmi les personnalités qui vont l’accueillir et la recevoir en Côte d’Ivoire. Soro le sait et les archives des personnalités qui ont accueilli l’illustre hôte sont là. Au Palais présidentiel où elle a eu une séance de travail avec le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, en présence des ministres et présidents d’institution, Guillaume Soro a brillé par son absence. Durant toute sa mandature en tant que président de l’Assemblée nationale, il n’a jamais mis les pieds au pays de l’oncle Sam. Même quand il a annoncé être inscrit à Havard et qu’il devait y aller alors que le fossé des incompréhensions avec Abidjan n’était pas aussi profond, il n’a pu y aller. Pourquoi est-ce maintenant qu’il sera interdit d’y aller ? Qu’est ce qui a changé dans la politique des Etats-Unis pour qu’ils puissent refuser de te voir dans ton propre pays et accepter de te recevoir chez eux ? C’est comme ton voisin vient chez toi et refuse de voir l’un de tes fils et demain, ce fils indique que le voisin refuse de le recevoir chez lui sous le prétexte que tu l’aurais présenté comme un voyou. En fait, la politique des Etats-Unis n’a pas changé. Soro y est blacklisté et il le sait. C’est son opinion à lui qui a changé. Il tente de faire porter le chapeau de ses déboires décennaux avec les Etats-Unis aux autorités ivoiriennes pour se présenter comme une victime.

Revenons à Barcelone !

C’est un pays de l’Union européenne. En d’autres termes, un pays crédité pour son sérieux. Des policiers peuvent, comme l’à indiqué Guillaume Soro, débarquer dans sa chambre d’hôtel et tenter de l’embarquer. Encore faut-il qu’ils aient une raison sérieuse de le faire. En faisant des déductions, Soro indique « sans rien affirmer » qu’Interpol Abidjan a actionné Interpol Espagne pour tenter de l’humilier. Le Ministère ivoirien des Affaires étrangères a déjà réagi, indiquant que les autorités ivoiriennes ne sont concernées ni de près, ni de loin par les déboires de Soro. Nous nous interrogerons seulement sur cette tentative d’enlèvement et les procédures au sein d’Interpol.

Selon un expert en sécurité ayant travaillé à Interpol, il y a des procédures à respecter avant d’arrêter une personne. Elle doit d’abord faire l’objet d’une procédure au plan national et les raisons du mandat doivent coïncider avec le droit international. En d’autres termes, l’Etat qui sollicite la collaboration des polices du monde doit d’abord engager une procédure en interne. Quand la procédure est validée, la personne recherchée est inscrite sur la plate-forme d’Interpol appelée « i27 ». Des alertes sont aussitôt envoyées dans tous les aéroports et les commissariats de police du monde. Dès que la personne recherchée est repérée, elle est aussitôt appréhendée et extradée. Cela suppose, comme l’indique notre source d’information, que le siège d’Interpol qui se trouve à Lyon est informée. L’expert ajoute qu’il est impossible pour Interpol Abidjan de solliciter la collaboration d’Interpol Espagne sans passer par le siège. De ce point de vue, la déduction ou hypothèse de Soro est fausse. Il porte une accusation grave, même s’il n’affirme rien. Le fait de penser qu’Interpol Abidjan puisse appeler Interpol Espagne pour tenter de l’humilier et qu’Interpol Espagne accepte de jouer le jeu est gravissime.

Soro et le cas de Paris

Par ailleurs, Soro dit avoir parlementé avec eux, se présentant comme un ancien président d’Institution. Il leur aurait même demandé s’ils accepteraient de faire ce qu’ils tentent de lui faire à M. Zapatero. J’ai souri à cette anecdote. Car, à Paris, en 2015, Soro s’est réfugié à l’ambassade de Côte d’Ivoire en France quand il a été informé d’un mandat d’amener délivré par la juge Sabine Kheris. Pourquoi n’a-t-il pas attendu pour parlementer avec les gendarmes français, alors qu’il était Président de l’Assemblée nationale ? Pourquoi n’a-t-il pas demandé aux gendarmes français s’ils pouvaient faire ça à François Fillon ?

Ce sont deux situations différentes, mais le contexte reste le même. D’un côté, on a un Soro président de l’Assemblée nationale qui prend pratiquement ses jambes à son cou pour se réfugier à l’ambassade de la Côte d’Ivoire en France, et de l’autre, Soro simple député, de surcroît en disgrâce avec le pouvoir d’Abidjan, qui réussit à convaincre des policiers venus l’arrêter de le laisser. Tout de même curieux ! Bon enfin. Manifestement, il y a anguille sous roche. D’ailleurs, c’est pratiquement trois à quatre jours après cette mésaventure que le concerné en parle. L’Hôtel dans lequel il se trouvait lui a présenté ses excuses trois ou quatre jours après (?). Sans remettre en cause ses déclarations, nous avons aussi le droit de nous interroger, surtout que l’homme a habitué l’opinion à ses sorties spectaculaires que rocambolesques. Nous en avons eu la preuve avec l’affaire de l’Assemblée parlementaire francophone (APF) où il annonçait sa victoire avant qu’on ne découvre après qu’il a subi un revers terrible. On serait tenté, après toutes ces interrogations de lui demander : Soro, pourquoi tout ça !

Isabelle KONE

COMMENTS

  • Anonyme (non vérifié) 18.11.2019, 9:44 pm

    Vraiment pourquoi tout ça ?

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