Bédié traîne de gros handicaps

L’ex-chef de l’Etat, Henri Konan Bédié, ne semble pas avoir fait le deuil de son rêve de revenir au pouvoir. Comme en témoignent ses déclarations dans sa toute dernière interview accordée à Jeune Afrique de la semaine du 22 au 29 septembre 2019. Répondant à une question sur son éventuelle candidature à la présidentielle de 2020, le président du Pdci a eu ces mots : « Oui, ce serait une revanche, mais il n’y aura pas de vengeance. Ce serait me rendre justice ».

Voilà qui traduit bien son intension secrètement nourrie de revenir aux affaires à la faveur du scrutin présidentiel de 2020. On est bien loin de la profession de foi que faisait le même Bédié à l’approche de la présidentielle de 2010. « C’est mon dernier combat… », jurait-il, la main sur le cœur, dans Jeune Afrique, n° 2596 du mois d’octobre 2009.

Mais, beaucoup d’eau semble avoir coulé sous le pont. Une décennie après cet engagement, le président du Pdci a, de toute évidence, changé : il veut, à nouveau, goûter aux délices du pouvoir. Mais, comme lui, les temps ont changé. De sorte que son projet de reconquérir le pouvoir pourrait ne rester qu’à l’état de vœu pieux.

En effet, les lignes ont beaucoup bougé entre 2010 et 2020 : le Pdci a pris des rides ; mieux, il s’est fissuré. Bien des grosses têtes du parti, et non des moindres, ont quitté le navire pour rejoindre le camp d’Alassane Ouattara. Ces figures du Pdci vont certainement entraîner dans leur sillage des militants de ce parti. De sorte que Bédié ne pourra pas compter sur tout le peuple du Pdci, qu’il drainait derrière lui il y a quelques années. Quoi qu’il dise, le départ des Ahoussou Jeannot, Kablan Duncan, Aka Ahouélé, Patrick Achi, Kobena Adjoumani, Raymonde Goudou, N’zi Assamoi, N’guessan Lataille et autres, va assurément éroder quelque peu le bloc monolithique que constituait le Pdci.

Ce Pdci émietté ou, à tout le moins dépecé, pourra-t-il tenir la dragée haute à un adversaire comme le Rhdp, qui se sera, lui, renforcé de ces recrues de luxe du parti septuagénaire ? Pas si sûr. Surtout que la plateforme non idéologique que le président du Pdci est en train de constituer est loin d’être gagnée. De fait, l’ex-leader des jeunes patriotes, Charles Blé Goudé a craché dans la soupe en clamant qu’il n’entend pas s’engager dans une plateforme dont le seul but est de se dresser contre un homme. Des propos qui ont dû doucher l’enthousiasme du camp Bédié, qui avait tôt fait de brandir Blé Goudé comme une recrue de poids pour la plateforme pro-Bédié.

Quelle chance a donc Bédié de revenir au pouvoir s’il ne peut compter sur les ouailles de Blé Goudé, encore moins sur tout le peuple du Front populaire ivoirien( Fpi) ? Même s’il peut espérer embarquer Laurent Gbagbo dans son « affaire », il est peu probable qu’il soit suivi par des militants du Fpi, favorables à Affi N’guessan. Il devra donc faire avec un Fpi amputé. Sans compter que la tendance pro-Gbagbo pourrait ne pas vouloir servir d’escabeau à Bédié pour monter dans sa voiture de commandement présidentiel. Laurent Gbagbo, n’ayant pas renoncé à revenir lui aussi au pouvoir par la porte après en être parti par la fenêtre. Autant de facteurs auxquels on peut ajouter d’autres impondérables qui apparaissent comme des obstacles infranchissables au retour au pouvoir de Bédié.

Nadia YORO

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