Les défunts ont été accompagnés à leurs dernières demeures

L’ambiance était intenable, vendredi 7 juin 2019, peu après 16 h à la grande mosquée de Béoumi, localité située à 53 km du chef-lieu de région du Gbêkè (Bouaké). Le lieu de culte qui abritait la prière mortuaire commune de 7 des 9 morts de confession musulmane dont le chemin a rencontré celui de la grande faucheuse lors des affrontements inter-communautaires du 15 au 16 mai dernier, s’est transformé en un funérarium où tous laissaient écraser une larme de dépit. Ci et là, femmes, jeunes et enfants de défunts hurlent leur douleur. Incapable de rester piégée dans les cœurs meurtris comme recommandé par le Coran. Comme eux, des coreligionnaires consternés compatissent. Les joues mouillées. Les larmes étant passées par là. Les incantations coraniques reprises en chœur difficilement, n’y changent rien. Quid des autorités administratives et religieuses ? Là, c’est dans le regard et la voix que se lisent la peine. L’émotion. Le choc de la barbarie. De la folie des affrontements au cours desquels d’innocentes personnes du 3ème âge n’auront pas été épargnées. Là où les uns vont être fusillés devant la porte de leur chambre ou retiré d’une ambulance et jeté dans un puits, les autres seront brulées vives. « L’homme est devenu méchant, mauvais. Et de cela, nous avons ces corps », lâche en pleurs, le préfet du département, Djedj Mel. « Tout est grâce en Allah qui dispose de tout, de nos vies, de la vie de ceux qu’on aime à sa convenance. Remettons-nous à Allah », marmonne l’imam officiant, El Hadj Bamo Kéita. Incapable de mettre fin au concert improvisé de pleurs. Lequel bat son plein quand les porteurs de cercueil avancent vers les véhicules mortuaires. Les corps sur les épaules pour la dernière étape. Celle de la mise en terre au cimetière de la ville. Une étape où les prières ne seront pas les seuls compagnons du voyage. Les larmes sont de la partie ainsi que les peurs. Celles de voir les douleurs déclencher de nouvelles violences. Et pour cause, sur la route menant au cimetière, il faut traverser le principal quartier autochtone de la ville. « Reculez. Pardonnez, avancez ! », s’écrient des jeunes commis au maintien de l’ordre. Ces derniers ont toute la peine pour sortir les corbillards de la foule consternée et prendre le chemin du cimetière. Sur la route, des unités mixtes des forces de défense et de sécurité se déploient. Armes au poing. Objectif : dissuader toute vendetta. Ainsi,10 mètres séparent à peine deux points d’observation des forces de l’ordre. Sur l’axe, des autochtones, apeurés par l’impressionnant déferlement humain, restent sur leurs gardes. Quoique de blanc vêtue, signe de paix, la foule fait peur. Aussi, ceux dont les habitations jouxtent la voie suivent le ‘’spectacle’’ d’émotions bien de loin. De l’hôtel ‘’Ma résidence’’ au Collège catholique Jeunes filles en passant par le collège Abla Akpo et le carré des morts catholiques, pleurs et peurs se croisent. Sans fort heureusement se mesurer, s’entrechoquer. Aussi bien à l’aller en véhicules et motos suite à l’annulation de la procession envisagée au départ pour éviter des heurts qu’au retour à pied, retenu par des centaines de proches des victimes. Venus honorer les morts du repli ethno-tribal et de la haine pour l’autre. Et ce, dans une Côte d’Ivoire appelée à vaincre ces vieux démons. Qui ont tant fait mal à sa cohésion, à sa stabilité et à son développement.

Aude Assita Konaté, Envoyée spéciale

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