A Gagnoa, la réconciliation est difficile

La réconciliation nationale est loin d’être effective entre les populations de Gagnoa. C’est du reste ce qu’inclinent à penser les échanges et attitudes des habitants de Gagnoa, qui sont intervenus dans l’émission « Appel sur l’actualité » de Radio France Internationale( Rfi), du lundi 29 avril 2019. A l’occasion, les deux représentants du Front populaire ivoirien( Fpi) et du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix( Rhdp), respectivement Seri Gouagnon( du Fpi opposé au camp Affi N’guessan) et Abel Djohoré, se sont livrés à une joute verbale, laissant apparaître, au passage, des positions quasi-irréconciliables. Quant au public, il a laissé voir, par ses chahuts intermittents, que pro-Gbagbo et pro-Ouattara restent divisés aujourd’hui encore dans le fief de l’ex-chef de l’Etat, huit ans après la guerre postélectorale.

Des années après la crise postélectorale, il subsiste encore des pommes de discorde, qui plombent la réconciliation sur les terres de Laurent Gbagbo. Ce qui a fait dire au président du collectif des chefs de village du département de Gagnoa, Joseph Gadji : « Malgré tout ce que nous avons fait pendant huit ans, nous constatons que les antagonismes ne se sont pas dissipés ». A sa suite, un autre auditeur s’est désolé de constater une certaine crispation dans les échanges et réactions des intervenants sur les antennes. « Quand vous voyez la réaction du public et les réactions des représentants des partis politiques, pensez-vous qu’avec ce genre de comportement on peut aller à la réconciliation ? », a-t-il apostrophé l’animateur de l’émission, Juan Gomez.

C’est que les partisans de l’ex-chef de l’Etat, Laurent Gbagbo et ceux de son successeur, Alassane Ouattara, ont montré qu’ils restent divisés sur le vainqueur de l’élection présidentielle de 2010. « On nous a volé notre victoire », a clamé un auditeur pro-Gbagbo. Avis partagé par le représentant du Fpi, Seri Gouagnon. « Charles( l’auditeur précédent, ndlr) a raison de dire qu’on a volé la victoire à Laurent Gbagbo ». Et de soutenir que le résultat proclamé par le président de la Commission électorale indépendante( Cei), Youssouf Bakayoko, « dans le Qg d’Alassane Ouattara » a été donné « par une commission électorale illégitime ». En réaction, le député Rhdp de Ouragahio-Bayota, Abel Djohoré, a fait savoir que « Laurent Gbagbo a été un mauvais perdant ».

Pommes de discorde

Pour lui, en effet, dès lors que la Cei a proclamé un résultat et que ce résultat a été certifié par la communauté internationale, par la voix de l’ex-Représentant du Secrétaire général des Nations Unies en Côte d’Ivoire, c’est que « c’est une victoire sans ambages d’Alassane Ouattara ». A ceux qui lui opposent que ce résultat proclamé par la Cei l’a été hors des locaux de l’institution, il a eu cette réplique : « Il n’est dit nulle part ( dans le code électoral, ndlr) où les résultats doivent être annoncés ». Ce qui lui a valu d’être houspillé par une partie du public.

Outre le résultat du scrutin présidentiel de 2010, partisans de Gbagbo et Ouattara restent divisés sur la responsabilité des uns et des autres dans les exactions voire les crimes commis pendant la crise postélectorale. « Avant les violences postélectorales, il y a eu l’atmosphère préélectoral : le candidat Ouattara avait été présenté comme le candidat de l’étranger. Le candidat Ouattara avait été présenté comme n’étant pas Ivoirien(…) Les populations ont été intoxiquées par les cadres du parti de Laurent Gbagbo. Les violences postélectorales sont consécutives à cette intoxication », a accusé Abel Djohoré, suscitant un grondement de désapprobation. Invité à réagir, Seri Gouagnon a contrattaqué. « Quand on été dans le camp des rebelles, on est comptable des violences », a-t-il assené, sous les applaudissements du public.

Revenant à la charge, le représentant du Rhdp en a remis une couche : « Chez nous à Gagnoa ici, des meurtres ont été commis : sous prétexte que des gens sont au Rhdp, ils ont été tués ». Il a été aussitôt conspué par une partie du public. « On accuse Gbagbo de tout », a riposté un autre auditeur pro-Gbagbo. Celui-ci réagissait précisément au casse de l’agence de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest( Bceao) d’Abidjan, que l’ex-chef de l’Etat est accusé d’avoir perpétré au plus fort de la crise postélectorale. « Pour moi, tout se tient. Dès lors que la Cei a proclamé les résultats et que ces résultats ont été entérinés par la communauté internationale, qui a déclaré le président Alassane Ouattara, président de la République de Côte d’Ivoire, tout individu qui va contre la loi, est un faussaire. Si donc, à partir de ce moment, Laurent Gbagbo a utilisé les fonds de la Beceao, alors c’est un faussaire », a chargé Abel Djohoré. Ce à quoi Seri Gouagnon du Fpi a répliqué de façon cinglante : « Le vrai casse de la Bceao a eu lieu à Korhogo, à Man, à Bouaké. Ne faites pas croire que vous êtes blancs comme neige dans les crimes économiques dans lesquels vous avez excellé ». Le disant, il est applaudi par une frange du public. La fracture étant ainsi perceptible, il apparaissait que la réconciliation entre ces deux blocs de la population de Gagnoa était loin d’être acquise. Se fondant sur sa propre expérience, une auditrice a laissé entendre que les populations de Gagnoa sont prêtes à aller à la réconciliation. Toutefois, a-t-elle admis, « si chaque partie veut revenir sur ses blessures, il n’y aura pas de réconciliation ». Pour le représentant du Fpi, il n’y aura pas de réconciliation, aussi longtemps que les choses se feront comme l’entend le régime Ouattara. « Jusqu’à présent, Ouattara et son gouvernement n’appellent qu’à une réconciliation-soumission. On ne peut être bourreau et réconciliateur en même temps », a-t-il soutenu mordicus. Ce à quoi a répliqué le représentant du Rhdp en faisant remarquer que « ceux qui sont en face ne se reprochent rien, comme si rien ne s’était passé en Côte d’Ivoire ». Le disant, il laissait sous-entendre que, dans ces conditions, la réconciliation sur les terres de Gbagbo ne sera pas pour demain.

Nadia YORO

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