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Nomination d'Amon Tanoh : Ouattara ridiculise l'opposition ivoirienne

Nomination d'Amon Tanoh : Ouattara ridiculise l'opposition ivoirienne
Publié le: 4 janvier 2022
Marcel Amon Tanoh est le nouveau secrétaire exécutif du conseil de l'Entente

Temps de lecture : 4 min

Abidjan le 4 janvier 2022 (Infoplus.ci)-C'est un pied de nez à l'opposition ivoirienne. Le président de la République, Alassane Ouattara, a nommé, ce mardi 4 janvier 2022 Marcel Amon TANOH, secrétaire exécutif du conseil de l'Entente. Cette nomination est un coup de poignard à l'opposition, dont les partisans crient à la trahison. En effet, Amon Tanoh, collaborateur du chef de l'Etat depuis 30 ans, avait rejoint l'opposition ivoirienne à la veille de la présidentielle d'octobre 2020. L'opposition, notamment le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (Pdci), le Front populaire ivoirien (Fpi) avaient célébré le départ du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) de ce "gros poisson" et espérait utiliser cette "carte politique" contre Ouattara. Amon Tanoh a pleinement joué "son rôle", en attaquant le numéro un ivoirien dont il était le Directeur de Cabinet avant d'être ministre des Affaires étrangères. MAT, comme l'appellent ses partisans, suscitait donc de l'espoir au point d'être présenté comme le héros d'un combat contre "le troisième mandat".

 

"Le rêve brisé..." 

 

L'opposition n'a pas encore fini de rêver que Marcel Amon Tanoh a retourné casaque. L'homme d'Aboisso a vite fait de renouer le contact avec le pouvoir. Que de tractations ! Que d'interventions ! Le président Ouattara, réticent au départ, a fini par recevoir celui qui fut son collaborateur et ami. Comment ne pas recevoir Amon Tanoh quand celui-ci a recouru aux proches de Ouattara pour se faire recevoir ? De guerre lasse, ADO reçoit Amon Tanoh qui fait amende honorable et reconnaît son tort. Ouattara finit par accepter. Le pardon n'est-il pas son leitmotiv ? Si le président Ouattara a reçu Laurent Gbagbo et Affi N'guessan, pourquoi ne pas recevoir Amon Tanoh ? Le président de la République, qui a plus d'une carte dans sa manche, a décidé de faire d'une pierre deux coups : récupérer Amon Tanoh et ridiculiser l'opposition. Beau coup du pouvoir qui a fait perdre aux leaders de l'opposition leur latin.

 

"Amon Tanoh, le judas" 

 

C'est la veillée d'armes sur les réseaux sociaux. Les déclarations acerbes de Marcel Amon Tanoh sont sorties du placard et partagées. Si ceux qui pensent qu'en politique il y a une vertu ont raison, il n'empêche qu'il faut apprécier la situation avec moins de passion. Amon Tanoh a certes soutenu la désobéissance civile, mais il s'est vite désolidarisé quand la situation a commencé à virer à la tragédie. Il s'est désolidarisé également du Conseil national de transition (CNT), organe mis en place par l'opposition dont le Pdci pour balayer le pouvoir. La situation de Marcel Amon Tanoh est donc différente de celle de Soro, qui reste accroché à une arrivée au pouvoir grâce à un cataclysme et qui œuvre chaque jour à faire tomber Ouattara. Autant l'on peut en vouloir au chef de l'Etat d'avoir casé son ancien compagnon qui a "pactisé" avec l'opposition violente, autant on ne peut lui reprocher de pardonner, puisqu'il a accepté de s'assoir avec celui qui a refusé de reconnaître sa victoire en 2010 et qui a engendré des milliers de morts. Amon Tanoh n'est plus à plaindre plus que Bédié, que le chef de l'Etat a également rencontré après l'épisode malheureuse du CNT. Amon Tanoh n'est pas Soro, encore plus Gbagbo et Bédié. L'ancien ministre des Affaires étrangères a aussi perdu beaucoup. Son soutien à Ouattara lui a valu l'inimitié de sa famille à l'époque. À Aboisso, il faisait partie des rares personnalités à soutenir ADO. Cet acquis ne peut passer par pertes et profits. En revenant "pleurer" à la porte de Ouattara, Amon Tanoh fait acte de contrition. Une faute reconnue est à moitié pardonnée, dit l'adage. Il ne faut pas jeter l'eau du bain avec le bébé. 

 

"Ouattara, le maître du jeu" 

 

Alassane Ouattara demeure le maître du jeu
Alassane Ouattara demeure le maître du jeu 

 

En récupérant son ami, Alassane Ouattara porte un coup de massue à l'opposition. Dès lors, c'est la suspicion dans l'opposition, qui soupçonne même Albert Mabri Toikeusse, leader de l'Union pour la démocratie et la paix en Côte d'Ivoire (Udpci), de vouloir rétropédaler. Car, comme le disent les internautes, MAT (Marcel Amon Tanoh) pourrait inspirer AMT (Albert Mabri Toikeusse). C'est donc la saison des amertumes chez les opposants qui ont encore du mal à digérer le coup de maître du président de la République.

Yves TAPÉ