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Discours à l'ouest de la CI : De quoi parle Gbagbo au juste ?

Discours à l'ouest de la CI : De quoi parle Gbagbo au juste ?
Publié le: 10 avril 2022
Gbagbo a encore raconté des histoires à l'ouest

Temps de lecture : 5 min 

​​​​Abidjan le 10 avril 2022 (infoplus.ci)-À l'ouest où sa visite dite de compassion prend fin dimanche 10 avril 2022, selon le programme communiqué à la presse, l'ancien président Laurent Gbagbo s'est adressé, à Guiglo, aux 6000 personnes venues l'écouter. "Je suis heureux d'être avec vous ici. Quand on arrive dans un endroit où les hommes sont morts et enterrés comme des bêtes, on est touché", lance-t-il d'emblée. Des propos qui sonnent faux dans la bouche de celui qui a "recruté, armé et entretenu" des jeunes miliciens de la région. Quand on a privilégié l'équipement de civils non aguerris aux métiers des armes, on ne doit s'attendre qu'à de telles conséquences. Gbagbo devrait plutôt demander pardon à cette population manipulée et instrumentalisée par ses cadres pour servir de chair à canon. "Mais après les pleurs, il faut continuer à vivre", lâche-t-il, comme pour narguer ses victimes. Plus loin dans son discours, il indique qu'il a été président et qu'il n'a pas de maison à Abidjan. Que voulait-il insinuer ? On n'en sait rien. Toujours est-il qu'il a fait le choix de ne pas avoir de maison à Abidjan. Au demeurant, ne pas avoir de maison à Abidjan n'est pas un exploit. "Il faut qu'on établisse un principe clair. Abidjan n'est pas toute la Côte d'Ivoire. Il n'est pas normal qu'on ait de l'eau en abondance et en surabondance à Abidjan, et qu'on n'ait pas de l'eau à Boundiali, Guiglo, Guezon", soutient-il.

 

"Quel a été l'apport de Gbagbo en Côte d’Ivoire ?" 

 

Feu Maho Glofiehi, chef milicien proche de Gbagbo à l'ouest
Feu Maho Glofiehi, chef milicien proche de Gbagbo à l'ouest 

 

Pendant 10 ans de sa gestion, qu'a-t-il apporté à la Côte d’Ivoire ? Sous le régime de la refondation, à Abidjan, il n'y avait quasiment pas d'eau dans les robinets. Les populations de Marcory, Koumassi, Port-Bouët peuvent en témoigner. À Abobo, Yopougon notamment, c'était la catastrophe. Abidjan, perle des Lagunes était défigurée par des montagnes d'ordures. La lagune empestait dans l'indifférence des refondateurs. Et dans le pays profond ? Le tableau était encore plus sombre. Disposer d'eau en Abidjan en abondance, comme il le dit, est déjà salutaire. Les Ebrié doivent se le tenir pour dire, puisque Gbagbo leur fait croire qu'ils sont privilégiés au détriment d'autres peuples. "Qu'une partie de la population ait des éléments minimales pour vivre et que la majeure partie du pays n'ait pas cela. Si à Abidjan on a 3 ponts luxueux, il faut aussi un pont à Guiglo", relève encore Gbagbo. À l'entendre, on se demande s'il est bel et bien en Côte d’Ivoire. Que dit-il des chantiers et des réalisation pour l'amélioration des conditions de vie des populations ? Déjà, il reconnaît la construction de trois ponts luxueux. Une boutade pleine d'amertume d'un homme qui a privilégié la rue princesse de Yopougon avec ses camarades socialistes plutôt que le travail.

 

"La rue princesse célébrée sous la refondation" 

Gbagbo faisait la promotion des bars et maquis
Gbagbo faisait la promotion des bars et des maquis

 

Cette phrase traduit surtout un mal être d'un homme qui a perverti la société. C'est sous Gbagbo que Yopougon et Marcory ont été transformés en maquis géant où les disc jockey soutiraient des billets de banque à profusion aux "jeunes brouteurs", qui avaient érigé en mode de vie l'arnaque. C'est encore sous Gbagbo que les jeunes filles étaient admises au Palais transformé pour la circonstance en un lieu de proxénétisme. Un Palais qu'il a d'ailleurs laissé dans un état de délabrement avancé avec des moquettes effilochées sentant la moisissure. Un homme qui a été incapable d'entretenir un Palais présidentiel dans lequel il est censé travailler peut-il prétendre aider la Côte d'Ivoire ? Pour quelqu'un qui n'a pu construire un véritable pont, c'est normal qu'il s'extasie devant plusieurs ponts au point de les trouver luxueux. Concernant justement le Palais présidentiel, l'hôte des Wê estime qu'il était en train d'en construire à Yamoussoukro pour désengorger Abidjan. C'est son fameux projet de transfert de la capitale politique à Yamoussoukro, qu'il prend plaisir à ressasser. Il oublie pourtant qu'il ne suffit pas construire des bâtiments pour prétendre déplacer une capitale. Cela requiert un ensemble de projets à réaliser. Déplacer tout le gouvernement dans une région qui manquait presque de tout, il faut être "Gbagbo le magicien" pour le penser. Preuve qu'il était déconnecté des réalités du moment.

 

"Le régime Gbagbo a détourné plus du millier de milliards dans la filière cacao" 

 

Il est d'autant plus déconnecté qu'il affirme s'être battu pendant 10 ans pour faire venir le siège du cacao à Abidjan. Si pendant 10 ans, il lui a été refusé ce privilège, c'est parce qu'il avait mis sous perfusion la filière cacao avec des détournements colossaux. Son nouvel allié, le Pdci, ne manquait pas de le lui rappeler. Face aux scandales de son régime dans cette filière, il a été contraint de jeter en prison ses camarades, sans pour autant élucider l'affaire du détournement dont il a bénéficié des fruits à travers des cadeaux qu'il a reçus. Se souvient-il encore de l'achat d'une usine fictive à Fulton par un certain Hosman Banet ? L'usine avait coûté 600 milliards de Fcfa et n'a jamais existé.

 

"Une dent soignée au Maroc sous la refondation" 

 

L'ancien président a aussi parlé de CHR et de CHU, tentant de faire croire que les CHU construits ressemblent à des CHR. Quelle méprise de la part d'un ex-chef d'Etat qui a soigné sa dent au Maroc pendant qu'il était au pouvoir. Combien d'hôpitaux a-t-il laissé à la postérité ? Quasiment rien ! Aujourd'hui, il semble sonné par le nombre d'hôpitaux généraux, de CHR, de CHU et d'hôpitaux spécialisés qui sortent de terre en Côte d’Ivoire. Tellement sonné qu'il s'appuie sur le prolongement de l'autoroute jusqu'à Yamoussoukro comme un bilan positif de sa gouvernance. Ce qu'il ne dit pas, c'est que les travaux étaient à moins 50% de leur réalisation quand il quittait le pouvoir. Pis, ces travaux n'étaient pas bien exécutés. Il a fallu tout reprendre avec Alassane Ouattara. Aujourd'hui, cette autoroute est à Bouaké et devra être à Dabakala dans les années à venir. S'il avait un peu de pudeur, Gbagbo serait modéré dans ses propos. Si la honte tuait, il serait déjà mort. Hélas, le boulanger est resté égal à lui-même : vaniteux, vantard et foncièrement haineux. Sous la couche de vernis d'un "homme du peuple", c'est une personne qui a besoin d'aide et de soutien psychologique. Car, trouver que rien n'a été fait relève d'une négation de la réalité. Et c'est Francis Wanga Wodié, éminent juriste qui a raison : "Un chef qui parle trop finit par oublier ce qu'il a dit". Hélas, mille fois hélas pour Gbagbo. 

Yves TAPÉ