L’actualité politique s’est particulièrement enrichie ces jours-ci de la sortie hyper médiatisée de Guillaume Soro. L’ancien président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire a crû devoir orienter le "flingue" sur les supposés responsables de la mort de Désiré Tagro, dernier ministre de l’Intérieur de Laurent Gbagbo. À une question sur cet assassinat, il a invité les curieux à demander à ceux qui étaient en affaire avec Tagro. Drôle de réponse pour celui qui fut coordonnateur des opérations militaires sur la résidence de Gbagbo le 11 avril 2011.

Qui coordonnait les opérations militaires en 2011?

Car, en effet, en sa qualité de Premier ministre et ministre de la Défense, c’est bel et bien Guillaume Soro qui coordonnait les opérations militaires des ex-Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) sur le théâtre des combats. On l'a vu au Golf hôtel, chapeau bogsta vissé sur la tête, se rendre dans la chambre où ont été conduits Gbagbo et son épouse Simone, comme pour endosser la responsabilité de cette belle prise. On l'a aussi vu se réjouir du dénouement des opérations militaires sur le terrain. On l'a encore entendu, sûr de lui, dans la fameuse affaire des écoutes téléphoniques, parler du décès de Tagro et Ibrahim Coulibaly alias IB. À son interlocuteur au bout du fil, un certain Djibril Bassolé, il indiquait qu’ils (eux au pouvoir) ne seraient pas en train de faire ce qu’ils font si Tagro et IB étaient en vie. Le mystère de L’assassinat de Tagro venait ainsi d’être levé avec cet aveu de taille.

Régler les comptes de deux officiels burkinabé.

On l'a aussi entendu demander qu’on lui laisse régler le compte de deux hautes personnalités burkinabé après le putsch. Le contexte des écoutes téléphoniques est ceci : après la révolution du balai citoyen au Burkina, Blaise Compaoré a pris la fuite. Yacouba Isaac Zida, membre influent du Régiment de sécurité présidentiel (Rsp) prend le pouvoir. La pression de la rue fait reculer les militaires. Zida est relégué au poste de Premier ministre et Michel Kafando, président de la transition. Dans la conduite du processus électoral, il est annoncé la suspension du CDP, le parti de Blaise Compaoré. Une mesure qui a suscité la réaction du Rsp, considéré au Burkina comme l’armée privée de Compaoré. La suite, on la connaît. Le Rsp tente de renverser les autorités de la transition. La pression de la rue et des militaires finissent par avoir raison du Rsp. Les putschistes sont arrêtés. Dans la foulée, le monde découvre, estomaqué, des écoutes téléphoniques qui impliquent Guillaume Soro.

Soro en stratège militaire au Burkina

On l’entend planifier des attaques et dévoiler des fonds qu’il a fait convoyer au Burkina pour aider les putschistes. C’est dans ces écoutes qu’il parle du cas Tagro et IB. Nulle part, les noms de ceux qui étaient en affaire avec Tagro ne sont apparus. Tenter d’orienter le flingue Tagro ailleurs n’est que diversion. Car logique pour logique, ceux qui étaient en affaire avec Tagro n’étaient pas des militaires encore moins des détenteurs de flingues. On ne demande la dent de la panthère qu’à celui qui a mangé la tête. Si tant est que ceux qui sont en affaire avec  Tagro voulaient sa peau, ils auraient tout fait pour le liquider à la résidence présidentielle pendant l'assaut des Frci. Pourquoi, alors qu’il était en piteux état, ensanglanté et la mâchoire inférieure pratiquement en bouillie, les soldats l’ont amené au Golf hôtel ? Pourquoi ne l’ont-ils pas conduit directement dans une clinique ? Pourquoi, c’est lui Soro qui découvre subitement Tagro au Golf et qui demande qu’on le conduise à la Pisam ?

C'est Soro lui-même qui s'est flingué 

Les réponses paraissent évidentes. D’autant plus que dans cette affaire, à part la version officielle d’une balle perdue, il n’y avait aucune autre version. Et en 2015, voilà le même Soro qui parle de cette affaire au téléphone avec Djibril Bassolé avec un cynisme choquant. Il détient sans doute la clé de l’énigme de l’assassinat de Tagro. Parce qu’on n’a pas besoin d’être forcément en affaire avec quelqu’un pour le flinguer. Le motif du flingueur peut être ailleurs. Demandons donc à celui qui a mangé la tête de la panthère. Il sait sûrement où se trouve la dent.

Reine MELEDJE

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