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Présidentielle/ Ibrahim Konaté (Rhdp): "Si Bédié a doublé Ouattara, comment pourrait-il s'entendre avec Gbagbo...?"

Présidentielle/ Ibrahim Konaté (Rhdp): "Si Bédié a doublé Ouattara, comment pourrait-il s'entendre avec Gbagbo...?"
Publié le: 16 septembre 2020
Ibrahim Konaté reste convaincu de la victoire du Rhdp

Le président Alassane Ouattara est candidat à la prochaine élection présidentielle du 31 octobre 2020. Ainsi en a décidé le Conseil constitutionnel qui, au terme de sa délibération du lundi 14 septembre 2020, a rendu sa décision. Coordonnateur associé du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) à Port-Bouët, Ibrahim Konaté se prononce sur cette décision et les chances de son parti de remporter la présidentielle.

Le Conseil constitutionnel a rendu sa décision concernant les candidats à l’élection présidentielle du 31 octobre 2020. Un commentaire

Je n’ai pas de commentaires particuliers. Je note que notre candidat, le président Alassane Ouattara, est candidat. Le reste appartient à Dieu et à nous, ses lieutenants, sur le terrain. Et j’ai foi que nous allons remporter ces élections. 

Sur quoi fondez-vous votre assurance ?

Je fonde mon assurance sur la réalité du terrain. Le Rhdp est le seul parti représenté partout, sur l’ensemble du territoire, grâce à ses vaillants cadres. Cela se décline dans les statistiques en termes de postes électifs. Nous avons 154 députés sur 253, 24 régions sur 31, 156 maires sur 201 et 50 sénateurs sur 66. Nous avons donc plus de la moitié de l’électorat. 

Il y a des transfuges du Pdci et d’autres partis politiques qui ont basculé après avoir été élu par la base de leur parti. Au regard de cette réalité, n’est-ce pas une erreur de faire une telle comptabilité ?

Dans d’autres circonstances, on pourrait le croire. Mais en l’état actuel des choses, il faut faire un distinguo entre ceux qui nous ont rejoints avant les élections et ceux qui sont venus après. Avant les élections municipales et régionales, de nombreux cadres du Pdci nous ont rejoints. Ce qui a poussé leur parti à positionner d’autres candidats contre eux. Ces cadres ont battu leurs adversaires. Dans le Gontougo, le ministre Adjoumani a étalé son adversaire. Au Sud-Cocomé, Aka Aoulé à fait pareil. Dans le Centre-Ouest, Djédjé Bagnon a battu le candidat du Pdci. Dans des zones électorales, le Pdci n’a pu placer de cadres parce qu’il n’en avait pas. Il y a le Bas Sassandra avec Richard Donwahi, la Mé avec Patrick Achi, Treichville avec François Amichia etc. Je prends ces exemples pour vous démontrer que la légitimité des cadres du Pdci qui nous ont rejoints avant les élections municipales et régionales n’est pas usurpée. Elle tire sa source de leur victoire.

Pour ceux qui nous ont rejoint après les élections municipales et régionales, bien entendu, il y a un travail à faire. En somme, il faut dire que dans la plupart de nos régions et communes, ce sont les hommes que les électeurs votent. La notion de parti est souvent reléguée en second plan. Parce que ce sont ces hommes qui partagent leur quotidien.

"Pour remporter une élection, il faut les hommes, une stratégie et le terrain"

Ibrahim Konaté est convaincu de la victoire du président Ouattara
Ibrahim Konaté est convaincu de la victoire du président Ouattara 

 

N’empêche que pour la présidentielle, les cartes sont rabattues…

Pour remporter une élection, il faut trois choses : les hommes, une stratégie et le terrain. De tous les partis qui existent aujourd’hui, je mets au défi quiconque de me montrer celui qui réunit les trois choses, hormis le Rhdp. Nous avons les hommes, une stratégie et le terrain. Les hommes, ce sont ces hauts cadres qui sont régulièrement dans leur base. La stratégie se focalise sur les moyens mis en œuvre pour conserver le pouvoir. A ce niveau, nous avons participé, depuis 2011 à toutes les élections. Sous-entendu, nous avons travaillé à inscrire plus de deux millions de personnes sur la liste électorale de 2011 à 2020. Pour le dernier recensement, le Rhdp était le seul parti à investir et à s’investir sur le terrain pour enrôler le maximum d’électeurs. Le dernier point, c’est le terrain. Nous sommes régulièrement aux côtés des populations, soit par les réalisations du gouvernement, soit par nos investissements propres pour les aider. Cela compte beaucoup.

Un report de voix au sein de l’opposition pourrait être fatal pour le Rhdp

Sans être de mauvaise foi, je dirai peut-être. Mais quand on a une opposition incapable de mettre en place une stratégie pour la conquête du pouvoir, il n’y a pas lieu de s’alarmer. De vous à moi, montrez moi un seul combat remporté par l’opposition depuis que le président Ouattara est au pouvoir. Rien ! Elle est encore dans des schémas désuets de coup de force, de marches insurrectionnelles. Au 21ème siècle, pour un pays comme la Côte d’Ivoire qui a connu pire en 2010, ces pratiques ont peu de chance de prospérer. En 2002, avec une rébellion et une opposition structurée, on est allé au élections en 2010. C’est dire que la voie des armes n’est pas la solution. Sinon, Gbagbo serait parti en 2002.  L’opposition serait forte si et seulement si elle était organisée. Chaque parti qui la compose joue sa carte dans l’espoir de prendre le pouvoir sans le Rhdp dans le jeu. Or, l’opposition doit être réaliste, pragmatique et sortir des petits calculs. Au Rhdp, nous ne sous-estimons pas nos adversaires. Nous donnons le meilleur de nous-mêmes pour être le premier sur le terrain.

L’ancien président Laurent Gbagbo pourrait tout de même mélanger vos calculs

C’est possible. Mais à l’état actuel des choses, pour ceux qui connaissent Laurent Gbagbo, ils doivent savoir qu’il n’est pas dupe. Il est conscient que le Pdci le courtise juste pour le pouvoir. Le passé est tellement récent qu’il est impossible de le camoufler. C’est Bédié qui a indiqué ici que Gbagbo est bien là où il est, sans oublier que Bédié a appelé à voter Ouattara au second tour en 2010. S’il y a bien quelqu’un à qui Gbagbo doit en vouloir, c’est bien Bédié. Ce n’est pas la visite d’une matinée à Bruxelles où aucune photo n’a été diffusée qui va changer subitement les choses. Aujourd’hui, Bédié n’est pas convaincu du soutien de Gbagbo. Tout comme Gbagbo n’est pas convaincu de la sincérité de Bédié. Nos trois grands leaders se connaissent très bien. Rien ne prouve que si par extraordinaire, Bédié est élu, il fera rentrer Gbagbo. Si l’alliance du président Ouattara avec Bédié n’a pu résister jusqu’à maintenant, alors qu’ils avaient tellement de choses en commun, ce n’est pas celle de Bédié et Gbagbo qui va apporter quelque chose alors qu’ils ont tellement de choses qui les divisent. 

"Si Bédié a doublé Ouattara qui lui avait pourtant tout donné, comment pourrait-il s'entendre avec Gbagbo...?"

 

Pour l’instant, ce qui les intéresse, c’est faire partir Ouattara. Ça vaut le coup quand même

Au Rhdp, avant de faire partir Gbagbo, on a clairement dessiné les contours de notre alliance en terme de gestion du pouvoir. Quand on a battu Gbagbo, on a mis en œuvre nos accords. Le problème est venu de la volonté de Bédié d’être candidat alors que son cadet voulait une génération plus jeune. Sinon, fondamentalement, rien ne nous opposait. Or, avec Gbagbo, qu’est ce qu’il va se passer ? Comment le pouvoir sera-t-il géré ? Il ne suffit pas de dire : quand je serai élu, je ferai rentrer Gbagbo. Et puis après ? Si je comprend bien, Gbagbo n’a pas d’ambitions, son seul souci actuellement étant de rentrer et d’aller se coucher à Mama ! Soyons sérieux ! Gbagbo n’est pas né de la dernière pluie et c’est un homme politique aguerri. Il sait que les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Surtout en politique. Si Bédié a doublé Ouattara qui lui a pourtant tout donné, comment pourra-t-il s’entendre avec Gbagbo qu’il avait pourtant oublié pendant les moments difficiles ? Supposons que Ouattara avait donné droit à la requête de Bédié, pensez-vous que le président du Pdci se soucierait de Gbagbo ?

Avec la validation de la candidature de Ouattara, ne faut-il pas craindre des manifestations et une crise post-électorale ?

Comme je l’ai indiqué, tous les scénarios sont possibles. Mais, quel intérêt avons-nous à détruire ? Quel intérêt avons-nous à nous entre-tuer ? Si par extraordinaire, on chasse le président par la rue, qui gouverne ? Quelle garantie avons-nous que ceux qui vont prendre le pouvoir vont nous le donner ? Quand on a affaire à une équation à plusieurs inconnus, il est mieux de choisir la voie de la sagesse. Allons aux élections et que le meilleur gagne. Tous ceux qui vont s’engager dans une autre voie pourraient le regretter. Je ne crois qu’on veuille se battre pour perdre.

Entretien réalisé par

Jean-Baptiste ASSI