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Edito/ "Le fruit mûr" de l’opposition ivoirienne

Edito/ "Le fruit mûr" de l’opposition ivoirienne
Publié le: 5 octobre 2020
Affi N'guessan n'est-il pas le fruit pourri de l'opposition ?

S’il y a une chose qui n’a pas échappé au citoyen lambda ivoirien, c’est l’attitude, pour le moins surprenante, du président légal du Front populaire ivoirien (Fpi), Pascal Affi N’guessan. Son cas peut faire l’objet d’une psychanalise, tant il échappe à la raison. Mettons-le face à ses propres turpitudes.

9 janvier 2019, Pascal Affi N’guessan rencontre le leader du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) pour la mise en place d’une plateforme non idéologique. L’objectif est de rassembler l’ensemble des partis de l’opposition autour d’une feuille de route d’actions communes contre le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp). La visite d’Affi N’guessan survient au lendemain des bisbilles entre Konan Bédié et le président Alassane Ouattara. Cette plateforme est mort-née. Du moins, elle aura vécu avec Affi. La raison principale est la présence du Fpi, tendance Gbagbo ou rien (Gor) dans la discussion. Cette tendance, conduite par Assoa Adou, mandant de Laurent Gbagbo, conditionne sa participation par l’éviction d’Affi N’guessan que Gbagbo ne veut plus sentir. Bédié s’exécute. Affi est mis à l’écart et devra vivre avec cette blessure.

L’humiliation de Paris

Affi N'guessan a été humilié à Paris par Gbagbo
Affi N'guessan a été humilié à Paris par Gbagbo 

 

20 mars 2020 : Affi N’guessan est à Paris à la demande, dit-on, de Laurent Gbagbo pour une rencontre. Sur place, il lui est fait injonction de renoncer à la présidence du Fpi avant de rencontrer Gbagbo. Il lui est même demandé de faire une déclaration à Rfi à cet effet. Surpris, Affi refuse, conditionnant sa déclaration par la rencontre avec Gbagbo. L’ex-chef d’Etat reste campé sur sa position. La dizaine de jours passée dans l’hexagone aura été infructueuse pour l’ancien Premier ministre de la Refondation, qui en sort fragilisé. Affi retourne à Abidjan, le moral dans les chaussettes. « (…) Ce que Gbagbo m’a fait est regrettable. Il ne peut pas me faire ça après tout ce que j’ai fait pour lui. Je ne mérite pas ce traitement », gémissait l’enfant du Moronou, le 23 mars 2019. « Je ne comprends donc pas pourquoi on veut m’humilier, me rabaisser…. Je trouve honteux que le président Gbagbo soit dans une bataille pour le contrôle du Fpi. Ce n’est pas une machination de mes adversaires. Laurent Gbagbo a démontré qu’il est le chef de la fronde », dénonçait-il.

La peste dans l’opposition

L'opposition, dans sa majorité, refuse d'associer Affi aux réunions
Le Fpi pro-Gbagbo refuse de voir Affi dans la plate-forme de l'opposition 

 

Lâché définitivement par Gbagbo qui le considère désormais comme ‘’un traitre’’, persona non grata chez Bédié en quête d’alliés populaires, Affi est esseulé avec son bout du Fpi. Il devra manœuvrer pour exister face aux requins de la politique ivoirienne. Lui aussi reste convaincu que seul, il n’a aucune chance de survivre politiquement. Il lui faut poser un acte pour rassurer l’opposition. Et bim ( ?), le front de l’opposition lui en donne l’occasion. Après la décision du Conseil constitutionnel sur les candidats à la présidentielle, il prend rapidement les devants. Il flaire un bon coup politique et espère se remettre dans le jeu. Il appelle Konan Bédié au lendemain de la décision et propose une concertation de l’opposition pour des actions communes. Bédié acquiesce et promet de lui revenir. Affi attend, en vain, le coup de fil de son aîné. Pendant qu’il patiente, il découvre, éberlué, que la concertation a finalement eu lieu, sans lui. Les Gbagbo ou rien, à la manœuvre, conditionnent leur présence à la concertation par l’absence d’Affi. Bédié, calculateur, accepte. La rencontre a lieu, sans Affi. Vexé, le président du Fpi pond un communiqué, le 20 septembre 2020 pour dénoncer, in fine, l’attitude de ses ‘’camarades’’. Il est reçu, en catimini, par Bédié et s’en réjouit publiquement.

Le syndrome de Stockholm

 

Affi ne s’arrête pas là. Pour montrer patte blanche et se faire accepter par ‘’la meute de l’opposition’’, il doit poser un acte fort. Le 2 octobre, il invite ses représentants à suspendre leur participation aux travaux de la Commission centrale de la CEI. Son acte est salué par la majorité des militants de l’opposition. Ses anciens camarades du Fpi sont silencieux. Eux, ne se sentent nullement concernés par un tel acte. Pourtant, le même Affi, lors d’une conférence de presse, le 25 août, rejetait l’idée d’un boycott. « La pire des erreurs, c’est de boycotter les élections. Ce n’est pas le moment de boycotter. Le boycott fera l’affaire du pouvoir. C’est parce que nous avons fait confiance au vote dans un contexte pire  que celui-ci que nous avons été au pouvoir. Ouattara a été éliminé, Bédié a été éliminé, mais nous sommes allés aux élections », rappelait-il, à juste titre. Que s’est-il passé pour que, subitement, Affi fasse un revirement aussi spectaculaire ? Sans doute le complexe. Les psychanalystes parleraient du syndrome de Stockholm, cette sentiment d’attirance entre le violeur et le violé. Affi est amoureux de ceux qui veulent sa peau. D’où ses actions d’éclat pour se faire accepter. Ce qui est ‘’très très peu probable’’ vue le degré d’inimitié, voire d’animosité chronique entre ses camarades et lui.

Le coup de massue de Simone Gbagbo

Simone Gbagbo refuse également de voir Affi
Simone Gbagbo refuse également de voir Affi 

 

Cette animosité s’est traduite, fin de semaine dernière, dans une interview accordée par Simone Gbagbo, vice-présidente du Fpi tendance Gor, à la chaîne de télévision ‘’La voie de l’Allemagne’’. Elle y a déclaré ceci : « Dans la vie d’un parti, il y a des contradictions qui peuvent éclater et s’assoit, on discute, on les règle ou encore on éjecte momentanément ou définitivement les éléments de ce corps là et qui visiblement tendent à détruire l’harmonie de l’organisation ». Se voulant plus explicite, Mme Gbagbo ajoute ces phrases assassines : « En 2014, j’étais encore en prison, il y a eu un grand débat à l’intérieur du Fpi qui a abouti à l’exclusion de M. Affi. Et quand il est parti, il est parti avec quelques-uns. Ceux-là, aujourd’hui, nous ne les considérons pas comme membre de notre organisation. Affi n’est pas mon candidat ! ». Cette sortie, pour le moins inopportune, à un moment où Affi pose ‘’un acte de bravoure’’ pour l’opposition, tombe mal. Elle a le mérite de révéler une chose : quelle que soit la bonne foi de Pascal N’guessan, il demeurera toujours un Judas aux yeux de ses anciens camarades. Même s’il leur offre ses organes vitaux, ils verront en lui le traitre, juste bon pour un tombeau de fortune. Et c’est dommage pour lui, d’autant qu’il met tout en œuvre pour se faire désirer. Quitte à ravaler ses propres vomissures ou encore, à boire le fiel du radicalisme. N’est-il pas lui-même ce fruit mur dont il a parlé ce samedi 3 octobre, qui pourrira bientôt et tombera au pied de ses camarades ?

Stanislas KOFFI