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CI/ Bédié ne sera pas le prochain Président, selon Soro et Gbagbo

CI/ Bédié ne sera pas le prochain Président, selon Soro et Gbagbo
Publié le: 2 octobre 2020
Bédié sera pas le prochain Président

Temps de lecture : 4mn

Quand le 14 septembre 2020, le Conseil constitutionnel valide sa candidature, la réaction du chef du PDCI est celle d'un homme sûr de lui et pressé d'en découdre avec Alassane Ouattara : « le Conseil constitutionnel a validé ma candidature. nous demeurons en ordre de marche pour la reconquête du pouvoir d'Etat et la construction d'une Côte d'Ivoire, réconciliée, unie et prospère ». Peu lui importait en ce moment que la candidature d’Alassane Ouattara soit anticonstitutionnelle ou illégale. Peu lui importait également que Soro, Gbagbo ou Mabri soient refoulés. Ce qui lui importait, c'était plutôt de rallier sur son suffrage toutes les voix de ces candidatures refoulées. Les secondes qui suivent lui arracheront le sourire, avec la déferlante de l'artillerie de Guillaume Soro sur les réseaux sociaux et des farouches partisans de Laurent Gbagbo, qui l’oblige, une heure plus tard, à modifier son tweet : « j'ai pris acte de la validation de ma candidature par le Conseil constitutionnel. Je dénonce cependant la validation inconstitutionnelle de la candidature de M. Alassane ouattara et l'exclusion arbitraire antidémocratique de leaders politiques majeurs, notamment Laurent Gbagbo, Soro Guillaume, Mabri Toikeusse, Mamadou Koulibaly et Marcel Amon Tanoh ». Capitulation en rase campagne, changement de cap ou panne de stratégie ? L’heure était suffisamment grave pour justifier une sortie de Guillaume Soro, deux jours plus tard à Paris. Celui dont Bédié disait qu’il n’était pas intéressé par la présidentielle de 2020 est bel et bien intéressé. Il est surtout déterminé.

''Feu nourri sur Bédié, qui recule''

 

Pour Franklin Nyamsi, "Bédié peut pas être l'avenir de la Côte d’Ivoire"
Pour Franklin Nyamsi, conseiller de Soro, "Bédié ne peut pas être l'avenir de la Côte d’Ivoire" 

 

Avant la sortie de Guillaume, ses bras séculiers avaient déjà fait le boulot. Affoussiata Bamba Lamine a pu joindre directement Henri Konan Bédié (C’est Soro qui l’a dit), quand dans la posture qu’on lui connait, Franklin Nyamsi annonçait que « Bédié ne peut incarner l’avenir de la Côte d’Ivoire ». L’appel à l’unité d'actions de Guillaume Soro vient en réalité, mettre fin au projet d'Henri Konan Bédié de succéder à son ancien allié Alassane Ouattara. 

Son message a le mérite d’être clair. Pas d’élection présidentielle sans Guillaume Soro. En d’autres termes, il ne permettra à aucune formation politique de l’opposition de compétir s’il n’y est pas lui-même.  

A défaut de bénéficier de la machine du Rhdp, (objet du litige avec Ouattara), le projet d’Henri Konan Bédié devait passer par le report de voix de toute l'opposition sur le candidat du Pdci. Tout a été mis en œuvre pour y arriver. Le voyage de Bruxelles qui en a été l’élément déclencheur avait été vite suivi de plusieurs autres initiatives sur le terrain. On a même assisté à un durcissement de ton du sphinx dans ses différentes prises de position. Et les messes basses avec les responsables du Gps (parti de Soro) se sont multipliées pour donner au patron du Pdci, l’image d’un acteur politique ayant définitivement rompu d’avec son passé d’allié d’Alassane Ouattara. 

''Le Pdci d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier''

 

Le Pdci est réduit à être un attelage
Le Pdci est réduit aujourd'hui en attelage 

 

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Même s’il feint de minimiser la saignée de cadres Pdci vers le Rhdp, Henri Konan Bédié sait bien que le Pdci d’aujourd’hui n’est pas le Pdci d’hier. Il a besoin du Gps et de l’aile dure du Fpi pour se hisser au perchoir. Ses nouveaux partenaires qui en sont conscients, préfèrent plutôt utiliser le sphinx de Daoukro dans la bonne vieille méthode du ‘’serpent qu’il faut couper en deux’’ pour affaiblir Alassane Ouattara. Mais pour rien au monde, ils ne comptent, à commencer par Guillaume Soro, en faire le nouveau Président de la République de Côte d’Ivoire. Tous ont des contentieux que dissipe pour l’instant la haine commune qu’ils nourrissent pour Ouattara. 

Les partenaires du patron du Pdci ont été très clairs avec lui. Pas de mots d'ordre invitant l’aile dure du Fpi ou le Gps empêchés de compétir à voter pour le Pdci. Genre : ‘’Si tu t’obstines à y aller, ça sera sans nous. Et tu te feras laminer par Ouattara’’, Message perçu 5/5 pour Bédié qui troque donc sa candidature contre une désobéissance civile qui pour l’heure, a du mal à emballer les ivoiriens. Le faisant Bédié devra se résoudre à adopter une attitude plus lisible. Parce que s’il arrivait que la désobéissance civile paie, c’est-à-dire que le conseil constitutionnel est dissous, la candidature de Ouattara retirée et que tous les autres acteurs politiques majeurs compétissent… il est évident que Bédié ne réalisera pas un score plus important que Laurent Gbagbo et Guillaume Soro. Même après la désobéissance civile, il ne gagnera pas la présidentielle, pas plus qu’il ne la gagnerait en compétissant tout seul contre Ouattara. L’ambition de Bédié fait en réalité l’objet d’un chantage de l’opposition, notamment de Soro Guillaume qui vient de fermer les ‘’starting-block’’ du champion du PDCI qui ne sera donc pas aux commandes de la Cote d'Ivoire pour ces 5 prochaines années. 

''Tout ça pour ça !''

Tout ça pour ça ?  Et pourtant que d’énergies dépensées ! Pour cette candidature, Bédié a dû se brouiller avec Alassane Ouattara, il a dû manger le totem du Pdci en s’associant  à Laurent Gbagbo. Pour cette candidature, beaucoup de cadres du Pdci ont perdu leurs fonctions. Pour cette candidature, il a tenue en joue la jeune génération du Pdci-Rda. Pour cette candidature, des cadres et pas des moindres ont quitté le navire… Bref cette candidature de Bédié a nécessité tellement de sacrifices et de contorsions que l'affaire fera tôt ou tard grand bruit au Pdci. Pour l'heure, on peut l'écrire tout net, ‘’Bédié ne sera pas le futur président de la république de Côte d'Ivoire. et c’est-ce qui arrive quand on ne se donne pas les moyens de sa propre ambition et qu’on compte sur les autres pour y arriver’’.

Par Jean-Yves TAPE