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Ces batailles perdues par Soro face à Alassane Ouattara

Ces batailles perdues par Soro face à Alassane Ouattara
Publié le: 18 septembre 2020
Soro peut-il gagner face à Ouattara

Menaces, chantages, déclarations tonitruantes, Guillaume Soro est à fond contre le président Alassane Ouattara, depuis bientôt deux ans. Mais que peut l’ex-chef rebelle contre le chef de l’Etat sortant ? Décryptage !

Il se présente comme le faiseur de roi. Premier ministre ayant conduit la transition de 2007 jusqu’aux élections présidentielles d’octobre 2010, Guillaume Soro est en froid, depuis bientôt deux ans, avec le président Alassane Ouattara. Depuis bientôt deux ans, il n’a remporté aucune bataille, se contentant de strampontins. Bien au contraire, il a plusieurs fois été sauvé par le chef de l’Etat. Février 2019, celui qui a dirigé la rébellion armée pendant 8 ans, annonce sa démission de son poste de président de l’Assemblée nationale. Il en ri : « je laisse le tabouret pour le fauteuil, c’est plus confortable », ironise-t-il. Après sa démission, vendredi 8 février 2019, il mène une série d’actions. Il fait organiser des convois de communautés à la résidence qu’il occupe à Marcory pour des échanges au cours desquels il dénonce ce qui s’apparente, à ses yeux, à une ingratitude du pouvoir. Vite lassé par ces rencontres, Bogota met le cap sur le pays profond. En mai 2019, il dépose ses valises dans la Région du Hambol. Officiellement pour une tournée. Officieusement pour obtenir des ‘’anciens’’ l’adoration d’un fleuve censé procurer du pouvoir. L’un des membres de son staff lui avait promis qu’il avait pu convaincre ‘’les gardiens du fleuve’’ à cet effet. Soro devait y prendre un bain rituel, comme avant lui, d’illustres personnalités ivoiriennes. Les jours passent sans que cela soit possible. De bonnes sources, les anciens lui auraient recommandé poliment de se réconcilier avec le président Ouattara. Ayant échoué, Soro décide de changer d’objectif : entamer une tournée politique dans la région. Ses rencontres se soldent par des rappels à l’ordre des chefs de communautés. Soro n’est pas à un échec et une humiliation près. Un tour, en arrière, permet de conforter cette thèse.

‘’L’échec cuisant au Burkina’’

Au Burkina, une écoute téléphonique a dévoilé Soro
Au Burkina, une écoute téléphonique a dévoilé Soro 

 

Le 16 septembre 2015, les autorités de la transition au Burkina Faso sont visées par un coup d’Etat. A la manœuvre, se trouve le Général Diendéré, patron du Régiment de sécurité présidentielle (Rsp). C’est l’homme de Blaise Compaoré, l’ancien président du Burkina, balayé par une révolution populaire. Pendant une semaine, Diendéré fait face à la pression de la rue burkinabé. La Cedeao échoue à lui faire entendre raison. Le 24 septembre, les militaires des autres casernes lancent un assaut sur le camp du Rsp. Diendéré est capturé et le putsch échoue. Plusieurs bandes d’écoute téléphonique sont alors rendues public. Sur certaines, la voix de Soro est audible et perceptible, tantôt avec le Général Diendéré à qui il donne des instructions, tantôt avec Djibril Bassolé, ex-ministre de la sécurité de Blaise Compaoré. L’implication de Soro ne fait l’ombre d’aucun doute. Le Burkina lance un mandat d’arrêt international contre lui. Le président Ouattara prend le dossier en main. Après la présidentielle au Burkina avec l’élection de Jean-Christian Roch Kaboré, le dossier est géré diplomatiquement. Ouaga retire le mandat d’arrêt. Mais le mal est fait. Trois mois plus tard, Soro manque encore de se faire choper à Paris. En toile de fond, une plainte de Michel Gbagbo, fils de l’ancien président Laurent Gbagbo.

‘’Sauvé à Paris par Alassane Ouattara’’

 

Début décembre 2015 en effet, Guillaume Soro se rend à Paris après une mission en Angleterre. Le 8 décembre, la gendarmerie débarque à son domicile. Soro a dû quitter précipitamment les lieux pour se réfugier à l’ambassade de Côte d’Ivoire à Paris. Les gendarmes font le pied de grue devant l’ambassade. Inquiet, le président de l’Assemblée nationale qu’il était, harcèle de sms le président de la République. Alassane Ouattara s’entretient avec son homologue François Hollande et le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Pour sauver Soro, un ordre de mission est faxé à Paris dans lequel la Présidence ivoirienne reconnaît avoir envoyé Soro en mission à la Cop 21. La juge, Sabine Kheris, retire sa plainte. Soro peut quitter Paris.

‘’La grosse déception du chef de l'Etat’’

Alassane Ouattara (à gche) très déçu de Soro
Alassane Ouattara (à gche), très déçu de Soro 

 

Alassane Ouattara ne manque pas, en privé, d’exprimer sa déception vis-à-vis de Soro, qu’il trouve trop ambitieux. L’affaire du Burkina l’a encore plus déçu, d'autant que Soro planifiait, depuis la Côte d’Ivoire, une série d’assassinats d’hommes politiques burkinabé de premier plan. Le n°1 ivoirien, qui voyait en lui un espoir, a dû revoir sa position. Avec la montée en puissance de feu Amadou Gon Coulibaly, alors secrétaire général de la Présidence, Ouattara change de fusil d'épaule. Il mise désormais sur Gon Coulibaly. De quoi frustrer davantage Soro, qui ne se voit plus confier la gestion de dossiers importants. La reforme constitutionnelle va tout gâter entre les deux hommes. Soro voit dans cette nouvelle Constitution, une manière de lui arracher le dauphinat. La nouvelle constitution règle la succession au sein du pouvoir exécutif. Désormais, en cas de vacance du pouvoir, ce ne sera plus le président de l’Assemblée nationale qui remplacera le président de la République. Ce sera le vice-président, ou le Premier ministre…. Même s’il a appelé à voter ‘’oui’’ pour la nouvelle Constitution, Soro n’en demeure pas moins fâché. Il décide de s’émanciper, surtout qu’il voit en Amadou Gon, un adversaire redoutable au sein de la machine du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp).  

‘’La mutinerie, point de rupture’’

La mutinerie a révélé une tentative de putsch contre les autorités ivoiriennes
La mutinerie a révélé une tentative de putsch contre les autorités ivoiriennes 

 

Les relations entre Ouattara et son poulain battent de l’aile. Les mutineries de janvier et mai 2017 vont sceller le sort de cette collaboration. En mai 2017, une mutinerie éclate, pour la deuxième fois, à Abidjan et Bouaké. La Côte d’Ivoire est progressivement paralysée. Le président Ouattara adopte le ton de la fermeté et annonce le désarmement, par la force, des mutins. Les Forces spéciales sont mises à contribution. Bouaké, l’épicentre de la contestation, est encerclé. Un événement inattendu va bouleverser le plan du gouvernement. Les mutins font publier une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle ils se ravitaillent en armement de gros calibre dans un domicile. Le rapport de force change et le gouvernement est obligé d’abdiquer. Les renseignements ivoiriens font une découverte inattendue. Ils avaient intercepté un appel du chef du protocole de Soro, Kamaraté Souleymane alias Soul to Soul, invitant les mutins à aller récupérer des armes à son domicile. Le président est atterré. Soro tente de voler au secours de son ami. Il échange avec Ouattara sur la question. Quand il écoute la bande, il semble abattu. Les pro-Soro, eux, pensent plutôt à un complot pour casser du Soro. La tension monte à  Abidjan et Soul to Soul est arrêté une première fois en octobre 2017 et déféré à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), puis libéré à la faveur d’une loi d’amnistie. Soro, de son côté, continue de bouder le chef de l’Etat. Ses publications régulières sur sa page facebook agacent. Plusieurs rencontres entre des deux hommes n’ont pu régler le problème. Soro décide de monter son équipe et d’affronter son mentor. Il tient une réunion à son domicile à Marcory. Plusieurs de ses proches collaborateurs refusent de le suivre. Une poignée de radicaux lui prêtent allégeance. Face à son attitude pas toujours cohérente, Ouattara lui demande alors de démissionner. Ce qui fut fait le 8 février 2019.

’L’APF ou la désillusion’’

Soro a perdu la bataille de la présidence de l'APF de façon humiliante
Soro a perdu la bataille de l'APF de façon humiliante 

 

Le premier challenge de Soro, c’est de récupérer le poste de président de l’Assemblée parlementaire francophone. Il en est le vice-président. il engage, à cet effet, un bras de fer avec la Côte d’Ivoire. A Rabbat où se tenait une assemblée générale pour désigner le nouveau président de l’APF, Soro s’y rend fin mai 2019 pour le poste. Mal lui en a pris. Humilié et congédié, il s’est réfugié en Turquie avant de disparaitre pour être repéré en Espagne où il manque de se faire arrêter. Se sentant menacer, il se réfugie à Paris où, à coup de battage médiatique, il attaque le pouvoir en place. Aujourd’hui, Guillaume Soro est réduit à des conférences de presse. Aucun chef d’Etat de la sous-région ne veut le recevoir. Sa tentative de trouver refuge en Guinée équatoriale s’est heurtée au refus du président Théodoro Obiang N’guema. En décembre 2019, une autre bande sonore, est rendue public par le procureur de la République dans laquelle il prévoit une attaque du convoi présidentiel. On découvre, dans la foulée, que la résidence qu’il habite à Marcory est un patrimoine de l’Etat qu’il tentait de mettre en son nom. Il a été jugé et condamné en Côte d’Ivoire. Ses proches continuent de le lâcher, à l’instar de Meïté Sindou, dont le journal l’a soutenu plus d’une dizaine d’années. Voilà Soro, l’homme qui aura tout fait pour faire couler le régime Ouattara et dont les plans ont toujours échoué. Pourra-t-il empêcher la présidentielle du 31 octobre prochain comme il l’a annoncé ce jeudi 17 septembre pendant une conférence de presse à Paris ? Pas si sûr.

Un dossier de

Stanislas KOFFI