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Après l'anniversaire critiqué : Molare présente ses excuses

Coordonnateur associé du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), Ibrahim Konaté est un cadre très actif à Port-Bouët. Dans cet entretien, il aborde la question de l’éligibilité du président Ouattara et la présidentielle de 2020. 

Le président Alassane Ouattara a déposé sa candidature à la Cei (Commission électorale indépendante), lundi 24 août 2020, au grand dam de l’opposition qui réclame son départ…

C’est de bonne guerre. L’opposition est dans son droit et la majorité présidentielle est dans le sien. Les urnes nous départageront. 

Cette candidature pose tout de même un problème…

C’est l’opposition qui veut en faire un problème. Sinon, il n’y en a pas. Les juristes mènent le débat. Et quand nous les écoutons, nous sommes persuadés que le président Ouattara peut être candidat. 

Pourquoi ?

C’est le principe de la non rétroactivité de la loi. Je ne suis pas juriste et pour le peu que je sais, la loi n’est pas rétroactive. Je m’arrête là. 

Pourtant certains évoquent l’article 183

C’est un débat d’école. J’ai lu dans la presse que Martin Bléou conteste l’éligibilité du président Ouattara. J’ai souri parce qu’il est celui-là même qui, dans ses observations au comité d’experts pendant la rédaction du projet de Constitution, avait indiqué que l’article 55, en l’état, pouvait être interprété autrement. En d’autres termes, si l’article restait en l’état avant d’arriver au referendum, il y avait lieu de faire des interprétations. Le voir dire affirmer ce qu’il a pourtant critiquer me fait de la peine. Il doit la vérité aux Ivoiriens.

 

Pour le referendum, le comité d’experts et le président lui-même, avaient évoqué l’impossibilité d’un troisième mandat

Tout doit être placé dans le contexte. Et si vous remarquez bien, les discours ont évolué plus tard. Il me souvient que des personnalités de l’opposition avaient demandé de voter contre cette Constitution parce qu’elle ouvrait le champ à un troisième mandat. Je peux citer Mamadou Koulibaly, Pascal Affi N’guessan et bien d’autres. Pourquoi ce qui était valable hier ne l’est pas aujourd’hui. Le ministre Bacongo, membre du comité des experts dit aujourd’hui que le président peut être candidat. Vous voyez bien que rien n’est figé. Les rôles ont changé.
Bacongo est un éminent cadre du Rhdp

"Toute autre démarche est suicidaire pour tous" 

 

Pouvait-il dire autre chose ?

Bacongo est suffisamment libre d’esprit et de mouvement pour dire non quand c’est non. Pour ceux qui le connaissent, ils doivent savoir que ce n’est pas une personnalité qu’on peut intimider. Il a conçu ce projet avec des experts et en connaît les contours. Tout compte fait, seul le juge constitutionnel est habilité à se prononcer sur l’éligibilité ou non d’un candidat. En fin de compte, il serait plus judicieux pour l’opposition de s’organiser et de présenter une nouvelle offre politique capable de susciter une adhésion massive des électeurs. C’est à ce prix qu’elle pourra s’imposer. Toute autre démarche est suicidaire pour tous. 
Cette situation pourrait faire jurisprudence tout de même
Il appartiendra au législateur, au regard d’une telle situation, de rentrer au laboratoire et de sortir un texte plus restrictif sur le sujet. Cela nous évitera pareille situation. 

Pour l’opposition, c’est à croire qu’au Rhdp, hormis feu Amadou Gon, il n’y a plus de cadres capables de remplacer le président Ouattara

On pourrait leur rétorquer qu’hormis l’ancien président Laurent Gbagbo et le leader du Pdci, Henri Konan Bédié, il n’y a personne pour relever le challenge. Le président Ouattara avait prévenu, sans le penser véritablement. Si ces rivaux se présentent, il se présente également. Je pense qu’il est cohérent et qu’il n’a pas trahi. Le Pdci regorge de nombreux cadres brillants tout comme le Fpi. Pourquoi s’accrochent-ils à leurs leaders naturels ? Soyons sérieux ! Le président Ouattara est le seul qui a présenté un candidat, pendant que ses rivaux verrouillaient tout chez eux pour s’imposer à la conscience de leurs militants. L’histoire est un témoignage. Hélas, nous avons été frappé par une épreuve. Or, en pareille situation, il n’y a pas de plan B. Pour se donner toutes les chances de remporter cette élection, nous avons bâti notre stratégie autour de feu Amadou Gon. Il a été préparé pendant plus de deux ans. Au risque de se faire hara kiri, il nous est impossible de présenter un autre challenger à deux mois des élections. La circonstance dicte l’action.
La Constitution leur donne le droit d’être candidat
Elle donne aussi le droit au président Ouattara de l’être. 

"Nous contrôlons la jeunesse de Port-Bouët"

 

Revenons sur les violences. Port-Bouët a été moins touché. Comment vous y êtes-vous pris ?

Ce n’est pas Port-Bouët seulement. 90 % du territoire national n’a subi aucun dommage. Preuve que nos populations sont matures et savent où se trouvent leurs intérêts. A Port-Bouët particulièrement, nous avons posé deux grandes actions qui nous ont évités ces troubles. La première, ce sont les rencontres de proximité. Toutes les  zones de Port-Bouët n’ont aucun secret pour nous. Mon frère, le ministre Siandou Fofana et moi-même sommes régulièrement sur le terrain. Le ministre Cissé Abdarahamane également. Toute modestie mise à part, nous contrôlons 90% de la jeunesse. Pour dire qu’à Port-Bouët, on se connait en détail. La deuxième action est la mise en place de comité de veille pour nous remonter toutes les informations susceptibles de mettre en péril la cohésion sociale dans cette commune. La dernière action que je vais citer, ce sont les grands projets du président Alassane Ouattara pour la commune. Bitumage de voies, ouverture d’un guichet emploi, mise en place de micro-projets pour les jeunes…la liste n’est pas exhaustive. Nous vivons dans un environnement paisible propice aux développement des activités. Quand on travaille et qu’on a une responsabilité, il serait périlleux de s’engager dans une aventure. 

Après le dépôt de la candidature du président Ouattara, quelles sont les perspectives ?

Elles sont bonnes. Nous avons bossé dur pour le recensement électoral. Nous continuons de quadriller la zone. Il faut entretenir les militants et les mettre en jambe pour cette élection. C’est le lieu de lancer un appel à tous. Nous pouvons avoir des divergences politiques, mais nous ne devons pas oubliés que nous sommes liés. Port-Bouët est une famille. La Côte d’Ivoire est ce gros village ou le brassage est une réalité. La race pure n’existe plus ici. Nos enfants fréquentent les mêmes établissements. Nos familles se fréquentent. Il n’y a aucune raison de développer des sentiments de haine. Le président Ouattara quittera un jour le pouvoir, tout comme Bédié et Laurent Gbagbo. Ils ont fait leur temps et le nôtre, c’est demain. Quelle Côte d’Ivoire allons nous léguer à nos enfants. C’est plus facile de gâter que d’arranger. Une décennie de crise doit nous donner des leçons. Allons dans les urnes et que le meilleur gagne. Après, il faut qu’on vive, qu’on nourrisse nos familles. C’est le plus important. 

Entretien réalisé par 
Jean-Baptiste ASSI