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Affi N'guessan, le pyromane-pompier

Affi N'guessan, le pyromane-pompier
Publié le: 31 janvier 2021
Affi N'guessan est un pyromane

Pascal Affi N'guessan, le leader de la portion congrue du Front populaire ivoirien (Fpi), a revêtu de nouveaux habits de faiseurs de paix dans le Moronou, sa région d'origine. Il s'y est rendu, récemment, pour prêcher la réconciliation, en prélude à la campagne électorale pour les législatives du 6 mars 2021. Curieuse démarche de l'ex-camarade de l'ancien président Laurent Gbagbo, considéré dans sa famille politique comme une paria. Retour sur l'inconstance et les incohérences du président légal du Fpi.

La veille de la présidentielle, courant septembre 2020, après avoir réuni les parrainages nécessaires à la participation à l'élection présidentielle, Pascal Affi N'guessan anime une conférence de presse. Face aux journalistes, il rejette le boycott du scrutin. Il explique à l'opposition que la meilleure voie pour faire partir le Rhdp du pouvoir, c'est d'affronter le chef de l'Etat sortant, Alassane Ouattara, dans les urnes. Deux semaines après, Affi ravale ses conseils. L'opposition ayant décidé de boycotter le scrutin, le leader du Fpi y voit une occasion de renforcer sa légitimité, fortement mise en cause dans son propre camp. Malgré le fait qu'il ait été mis à la touche par le président du Pdci, Henri Konan Bédié, qui lui a préféré le camp Assoa Adou, Affi force son intégration dans la plate-forme de l'opposition en gestation. Il y est timidement accueilli. Pour se faire accepter, il lui faut être le fou du roi. Il se radicalise et crache du feu. 

“Des déclarations enflammées... "

 

Affi était tout feu tout flamme
Affi N'guessan était tout feu tout flamme 

 

Ses déclarations enflamment de nombreuses localités de la Côte d’Ivoire, notamment Bonoua, Daoukro, Dabou, Divo, Bongouanou, Toumodi.... Plus de 80 décès, des centaines de blessés et de nombreux dégâts matériels. À Bongouanou, son fief électoral, un conflit intercommunautaire éclate. Les partisans du leaders du Fpi soufflent sur les braises. Bongouanou est presque en feu. 

Pendant près d'un mois, Affi est tout feu tout flamme. Interviews de diabolisation du pouvoir, déclarations tonitruantes, appel à l'insurrection, tout y passe. Les élections présidentielles se tiennent, malgré tout, et dans l'ensemble, dans de bonnes conditions. L'opposition, battue sur son propre terrain, crée le Conseil national de la transition (CNT), et se met dans l'œil du cyclone du pouvoir. 

Le projet est mort-né. Ses instigateurs sont presque tous arrêtés à la résidence de Konan Bédié. Affi N'guessan prend la tengente et rentre dans la clandestinité. Il est chopé une nuit, alors que déguisé, il tente de sortir de la Côte d’Ivoire. L'homme est conduit en détention où, brisé, il fait son mea culpa. De bonnes sources, il aurait même négocié sa reddition en échange de postes ministériels. Libéré par le pouvoir en place, il est reçu au siège du Pdci où il joue les faux braves. Aujourd'hui, le découvrir dans une posture d'homme de paix fait rigoler plus d'une personne. Affi est-il sérieux, pourrait-on s'interroger.

"Comme pris de remords" 

 

Comme pris de remords, Affi tente de colmater ses brèches
Comme pris de remords, Affi tente de colmater ses brèches 

 

Comment un tel personnage, après avoir mis le feu, peut-il enjamber le corps encore chaud de ses victimes pour s'ériger en donneur de leçons ? Comment un tel personnage, qui a soutenu une insurrection populaire, encouragé le meurtre et la destruction des biens publics et privés peut-il, du jour au lendemain, oublier ses méfaits ? 

Comment, enfin, un personnage de sa trempe, plusieurs fois honni au sein d'une plate-forme dans laquelle il est indésirable, peut-il parader, sans remords?

D'ailleurs, ses anciens camarades ont refusé qu'il soit partie prenante des discussions qui devaient aboutir à la mise en place d'une plate-forme de l'opposition pour les législatives. Rejeté, le président du conseil régional du Moronou s'est résigné à choisir ses candidats, conscients pourtant que ces derniers ne feront que de la figuration. À la dernière législature, Affi fut le seul cadre de son parti élu. Pas sûr que cette fois, il soit réélu, au regard des dégâts qu'il a causés dans sa base électorale. D'où son offensive avec de nouveaux éléments de langage. "Dans le Moronou, les populations sont plus que déçues de lui. Ses actions nocives ont convaincu de ce qu'il ne peut plus rien apporter", a indiqué un cadre de la région. Affi devra affronter les candidats du Pdci et du Rhdp. Il joue sa carrière politique. Va-t-il brûler le Moronou pour ses ambitions politiques ? Les populations doivent être vigilantes face aux errements de ce leader politique sans personnalité. Un homme qui aura montré plusieurs visages : versatile, inconstant et surtout inconséquent. Vous avez dit Affi le pyromane qui tente de jouer au pompier ?

Jean-Baptiste ASSI