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Acquitté, les défis qui attendent Gbagbo

Acquitté, les défis qui attendent Gbagbo
Publié le: 1 avril 2021
Gbagbo est enfin libre

L'ancien président, Laurent Gbagbo, est enfin libre. Après 10 ans à la Cour pénale internationale (Cpi), l'ex-chef d'Etat ivoirien peut regagner son pays, la Côte d'Ivoire. Pour autant, ce n'est pas la fin de ses angoisses. Dans sa vie privée, c'est encore le grand désordre. Tiraillé entre sa première épouse et la seconde qui a gagné en puissance pour avoir été celle-là même qui l'a soutenu pendant ces 10 ans, Laurent Gbagbo devra se décider. Surtout qu'il a demandé le divorce à sa première épouse, Simone Ehivet Gbagbo. En effet, cette querelle de jupon a pris des tournures de guerre au sein du Fpi. Cette crise au foyer a divisé les Gbagbo ou rien en deux groupes : il y a les pro-Simone Gbagbo et les pro-Nady Bamba. Les réseaux sociaux ont été le champ de bataille de ces deux groupes. Il devra trouver la formule pour réconcilier les deux groupes. 

"Réconcilier le Fpi" 

 

Gbagbo devra régler le cas Simone
Gbagbo devra régler le cas Simone 

 

À côté de cette crise au foyer, il y a aussi la crise au Front populaire ivoirien (Fpi), son parti politique. Le Fpi n'est que l'ombre de lui-même. Il y a d'un côté les pro-Affi N'guessan et de l'autre les pro-Gbagbo. Certes, les pro-Gbagbo sont les plus nombreux, mais des cadres et non des moindres sont aux côtés de Pascal Affi N'guessan. Entre ces clans se trouvent les pro-Simone Gbagbo. La première épouse refuse de tout perdre. Si elle est prête à renoncer à son époux, elle refuse en revanche de perdre le Fpi qu'elle a contribué à créer pendant les heures de braise sous le parti unique. Simone Gbagbo avait envisagé un moment d'être candidate, dans l'espoir d'être soutenue par les Gbagbo ou rien quand la candidature de l'ancien président a été rejetée. Ayant échoué, elle s'est lancée dans l'aventure du Conseil national de transition (Cnt). Une attitude mal perçue par Laurent Gbagbo qui s'est clairement désolidarisé de son message. Récemment, elle a voulu recevoir les députés proches de la mouvance Gbagbo. L'ayant appris, Gbagbo a donné instruction à Assoa Adou, son homme de main en Côte d'Ivoire, de convoquer les mêmes députés au même jour et à la même heure que Simone Gbagbo. Simone aura encore échoué dans sa tentative de faire de la récupération politique. Laurent Gbagbo devra donc réconcilier toutes ces tendances pour ne pas courir le risque de fragiliser son parti politique.

"Normalisation de la vie politique et sociale" 

 

Il y a enfin le défi de la normalisation de la vie politique et sociale. Gbagbo sera-t-il ce va-t-en-guerre, une image qui lui colle à la peau ? Sera-t-il un apôtre de la paix, soucieux de préserver le climat social paisible ? Va-t-il enfin accepter d'être le sage de son parti, en conciliant les positions radicales ? Rien n'est moins sûr. Même s'il a rabroué, pendant les Législatives dernières, les cadres de son parti qui surfent sur la fibre ethnique et régionaliste, Gbagbo demeure dans l'esprit d'une frange de la population comme un "bourreau". Le prochain défi pour lui est de faire mentir ses détracteurs en rassurant tout le monde sur ses qualités d'homme affable ayant de l'empathie pour toutes les communautés vivant en Côte d'Ivoire. Au delà des festivités qui vont marquer son retour, il doit rentrer en lui-même et trouver les ressources nécessaires pour vider le contentieux doctobre et novembre 2010. Il doit pouvoir dribbler tous les belligérants de son camp en s'imposant comme un apôtre de la paix qui a appris de ses 10 ans de détention.

Jean-Baptiste ASSI