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Violences à Bongouanou / Toute la vérité sur la folle journée du samedi

Folle journée à Bongouanou ce vendredi

Le voile est tombée sur Bongouanou. Dans le silence de la nuit, les belligérants méditent sans doute sur leurs méfaits. Infoplus, au cœur des événements malheureux, revient sur cette folle journée.

Tout est parti du mot d'ordre lancé par l'opposition ivoirienne. Jeudi 15 octobre 2020, Pascal Affi N'guessan et Henri Konan Bédié lancent le mot d'ordre de boycott actif des élections présidentielles. Ils invitent leurs militants à s'opposer "par tous les moyens légaux" à la tenue du scrutin présidentiel. Si dans l'ensemble, le mot d'ordre est lui-même boycotté, à Bongouanou en effet, la situation va dégénérer. Pour le compte du Front populaire ivoirien (Fpi), Barthélemy Gnepa, ancien président du conseil général de Tabou, l'un des rares pro-Gbagbo encore avec Affi N'guessan, va amplifier le mot d'ordre.

 

La résidence principale d'Affi N'guessan n'a pas été incendiée
La résidence principale d'Affi N'guessan n'a pas été incendiée (ph: SK) 

 

Dès vendredi, des jeunes autochtones vont ériger des barrages à Broukro et Agnikro pour bloquer les sous-quartiers. Non satisfaits de l'impact de leur action, ils vont investir le corridor à l'entrée de la ville et l'artère principal pour y ériger des barrages. Les transporteurs, en majorité Malinké, vont tenter de retirer les barrages. Les échauffourées vont provoquer 4 blessés graves à armes blanches dans le camp des Malinké, actuellement pris en charge à l'hôpital général de la localité. Les jeunes autochtones feront usage d'armes à feu, causant trois autres blessés dans le camp des allochtones. C'est la goutte d'eau qui fera déborder le vase. En ville, les pillages débutent. De part et d'autres, les magasins sont pillés. Les jeunes autochtones saccagent le centre technique de formation professionnelle. 

 

C'est le préau qui a été incendié
C'est le préau de la résidence d'Affi qui a été incendié (ph : SK) 

 

Pour riposter, les jeunes Malinké attaquent la résidence du président du Fpi, Pascal Affi N'guessan. Contrairement à ce qui a été dit, la résidence n'a pas été incendiée. Pour ceux qui l'ignorent, la résidence d'Affi est composée de quatre bâtiments : le bâtiment principal, le préau, et deux autres bâtiments, dont l'un avait été incendié pendant la crise de 2010. Le bâtiment principal n'a pas été touché. Le préau a été incendié. Le dernier bâtiment a vu quelques placards incendiés. Les forces de sécurités sont vite intervenus. En résumé, il n'y a que le préau qui a pris feu et quelques placards du rez-de-chaussée d'un bâtiment annexe. Infoplus vous met à disposition les images. 

 

Une autre image de la résidence principale qui n'a pas été incendiée
Une autre image de la résidence principale qui n'a pas été incendiée 

 

Pourquoi Bongouanou ?

Pascal Affi N'guessan est aujourd'hui en quête de légitimité. Le premier mot d'ordre lancé le 11 août dernier et appelant à des manifestations éclatées sur l'ensemble du territoire a provoqué des violences dans quelques localités de certains leaders de l'opposition. Il s'agit de Bonoua, localité de Simone Gbagbo, Daoukro, fief du leader du Pdci, Henri Konan Bédié, Divo et Gagnoa, fiefs de l'ancien président, Laurent Gbagbo. Affi est donc soupçonné de rouler pour le pouvoir du président Alassane Ouattara. Or, ayant un contentieux avec ses camarades du Fpi qui l'ont chassé du parti, Affi doit trouver l'occasion de se racheter. Le front du refus des élections mis en place par l'opposition est une aubaine pour lui. Pour faire ses preuves et intégrer le front, il prend les devants du boycott. Pire, il chauffe à blanc ses "parents de Bongouanou". "Il a lancé le mot d'ordre. Et sa région devait le suivre, sinon il serait grillé définitivement", indique une source au sein du Fpi. 

 

Affi devra assumer tout ce qui se passe à Bongouanou
Affi N'guessan devra assumer tout ce qui se passe à Bongouanou 

 

Depuis jeudi, les relais d'Affi sont le terrain à Bongouanou. Les mots d'ordre sont donnés dans les familles autochtones afin qu'elles bloquent tout. D'où l'intensité des manifestations ce vendredi, avec des relais abondants sur la toile. L'opposition espère ainsi discréditer le pouvoir, après avoir échoué dans les rues et au plan international.

 

Bédié est dépassé par les événements. Il vit dans une bulle
Bédié a fait croire à ses alliés que des chefs d'Etat viendront pour imposer une transition 

 

La dernière mission conjointe des Nations unies, de l'Ua et de la Cedeao a été un camouflet pour l'opposition. Ajouté à cela le "vent" que Konan Bédié a vendu à ses alliés concernant sa dernière visite à Accra. En effet, de retour de la capitale ghanéene, le président du Pdci a annoncé à ses alliés la médiation, pour le vendredi 16 octobre, du président ghanéen, Nanan Akufo Addo, du président nigerian, Mahamadou Buhari et du président sénégalais, Macky Sall, pour obtenir une transition en Côte d'Ivoire. Bédié s'est convaincu de cette visite et a refusé de se rendre à la conférence de presse des leaders de l'opposition au siège du Pdci, ce vendredi, sous le prétexte qu'il ira accueillir ses hôtes. Des militants ont été mobilisés au carrefour Akwaba à cet effet. Le chef du protocole de Bédié a même appelé l'ambassadeur du Ghana en Côte d'Ivoire pour s'assurer de l'arrivée des chefs d'Etat. Celui-ci semblait surpris par l'appel, d'autant plus qu'il n'avait sur son agenda aucune visite de son président en Côte d'Ivoire. Cette visite relevait d'une grosse farce. Désemparé et aux abois face à l'approche du jour du vote, l'opposition joue son va-tout. Bédié vient d'appeler au secours, via sa page Facebook, le secrétaire général de l'Onu. Quant aux autorités ivoiriennes, elles ont pris des dispositions pour sécuriser Bongouanou et les villes à risque.

Stanislas KOFFI, envoyé spécial dans le Moronou